Pour une vraie mémoire : l'édito de Nicolas Galup sur l'attentat de Nice
Pour une vraie mémoire : édito sur l'attentat de Nice

Dix ans après l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, le constat est amer pour les victimes et leurs proches : « Pour l'attentat de Nice, il y a un trou mémoriel », déplore une Niçoise venue participer à la marche commémorative. Nicolas Galup, rédacteur en chef à Nice-Matin, s'interroge : pourquoi cet attentat semble-t-il s'effacer de la mémoire nationale ?

Un traitement médiatique inégal

Il ne s'agit pas de hiérarchiser les tragédies. Les 130 morts du 13 novembre 2015 à Paris, comme les 86 victimes de la Promenade des Anglais, appartiennent à la même histoire, celle du terrorisme islamiste qui a frappé la France. Mais force est de constater que ces deux drames n'ont pas connu le même destin mémoriel. Pour les victimes niçoises, c'est une seconde blessure.

Le procès du 13-Novembre a saturé l'espace médiatique pendant des mois, alors que celui de Nice n'a mobilisé que la presse locale. Des travaux universitaires ont mis en évidence ce sentiment d'« éviction mémorielle » exprimé par de nombreuses parties civiles du procès niçois.

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La nécessité de la parole

Indistinctement, des familles, des enfants, des touristes venus admirer un feu d'artifice ont été assassinés. Les survivants et les familles ont besoin de cette mémoire. Elle est une nécessité pour celles et ceux qui continuent de vivre avec le traumatisme. Boris Cyrulnik rappelle que la reconstruction ne consiste pas à effacer la blessure mais à lui donner une place dans son histoire. « Pour survivre, il faut raconter », explique le neuropsychiatre.

Lorsque la société détourne le regard, elle prive les victimes de cette reconnaissance indispensable. Leur récit reste suspendu, comme inachevé. Donner la parole aux survivants n'est ni de la compassion ni du voyeurisme, mais un devoir collectif. Une manière de dire que leur histoire fait partie de la nôtre.

Une mémoire qui se construit localement

À Nice, la mémoire continue de se construire grâce aux associations, aux familles, aux initiatives locales et aux lieux de recueillement. Elles refusent que le 14 juillet 2016 devienne une simple date dans un calendrier. Elles rappellent que derrière les chiffres demeurent des visages, des absences, des vies brisées.

Le terrorisme ne tue pas seulement des femmes, des hommes et des enfants. Il cherche aussi à fracturer une mémoire commune. L'oubli lui offre une victoire posthume. Se souvenir, écouter, transmettre : voilà peut-être la plus juste façon d'honorer les victimes de Nice. Et de réparer, un peu, l'injustice de leur silence.

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