Une semaine après la rentrée scolaire, l'interdiction des téléphones portables dans les lycées semble déjà contournée par de nombreux élèves. À Toulouse, sur le parvis de la basilique Saint-Sernin, les lycéens continuent d'utiliser leurs smartphones pendant les pauses, malgré la nouvelle règle expérimentée dans les enceintes scolaires. Selon les élèves interrogés, la mesure est perçue comme une consigne formelle et floue, difficile à appliquer et sans réelle sanction.
Une règle difficile à faire respecter dans les faits
Shani, élève de terminale, dresse un constat pragmatique, son écran à la main : « Notre lycée n'est pas trop strict. De toute façon, la faire appliquer partout est impossible : les surveillants ne peuvent pas être derrière tout le monde. Donc très honnêtement, ça ne change pas grand-chose. » La seule vraie différence réside dans le lieu de consommation : pour braver la règle sans prendre de risques, les habitudes ont simplement traversé le portail. « Ceux qui veulent s'isoler ou scroller tranquilles doivent désormais sortir de l'enceinte, note la lycéenne de 16 ans. Il y a beaucoup plus d'élèves dehors qu'avant. L'an dernier, on traînait davantage dans les couloirs pour se poser avec nos portables. »
Sur le parvis, un groupe de premières et de terminales confirme cette hypocrisie ambiante. « En vrai, ça ne change rien, on a toujours notre téléphone sur nous », assume Anna*, 17 ans. « Il n'y a pas de surveillant dans les couloirs pour nous fliquer. Et en classe, c'était déjà interdit avant ! » Autour d'elle, ses amis hochent la tête en signe d'agacement. Ce qui passe mal, ce n'est pas tant le manque de connexion, mais le sentiment de régression. « On nous enlève notre téléphone alors qu'on a bientôt 18 ans et qu'on prépare le bac, comme si on était des gamins », grogne l'un des garçons. « De toute façon, il n'y a aucune sanction appliquée », glisse Anna dans un sourire.
Un décalage des priorités selon les lycéens
Plus que la contrainte, c'est l'argumentaire des adultes qui laisse la bande perplexe. « Passer moins de temps sur les écrans ? Lutter contre le harcèlement ou l'IA ? Je ne vois absolument pas ce que cette interdiction change au lycée », s'interroge le groupe, à mille lieues des discours politiques. D'autant que sur le plan pratique, l'interdiction crée parfois un bricolage administratif frôlant l'absurde. Alors que l'établissement fait face aux répercussions de la récente cyberattaque de l'Éducation nationale qui a paralysé les services numériques toulousains, le bannissement du téléphone alourdit la gestion quotidienne. « Pour l'emploi du temps ou les notes, Pronote passe encore sur ordinateur, mais pour l'ENT, c'est bloqué, explique Jade, élève de première. Résultat : ils sont obligés de nous redonner des papiers comme au collège ! Les équipes ont grave galéré les premiers jours. »
Ce décalage entre les priorités affichées par le ministère et la réalité de leur quotidien agace les élèves. « On est dans un lycée avec des prépas, on est grands : c'est bizarre de braquer les projecteurs là-dessus », reprend Shani en jetant un œil vers l'entrée. « Ça prend un espace médiatique fou alors qu'il y a des sujets bien plus urgents qui nous touchent directement, comme cette cyberattaque ou les emplois du temps bancals de la rentrée. Et puis, il faut aussi comprendre qu'au lycée, on a le droit d'avoir envie d'être un peu asocial par moments. »
Une mesure aux effets limités, mais pas totalement rejetée
La jeune fille conclut néanmoins avec un brin de recul : « Après, je suis mitigée. Il peut y avoir des bienfaits à lever le nez de son écran. On est en plein centre-ville, il y a plein de choses à faire dehors. » Un avis partagé par la bande d'Anna qui, dans un grand éclat de rire, écrase ses cigarettes au son de la sonnerie. Les téléphones glissent à nouveau au fond des poches. Pas confisqués, juste invisibles… jusqu'à la prochaine récréation.
*Le prénom a été modifié.



