En France, l'accès aux piscines publiques est très inégal selon les territoires. Une analyse menée par Le Monde et le collectif « Nos données » montre que seulement 62 % de la population réside à moins de 15 minutes en voiture d'un bassin public. Ce chiffre chute à 37 % dans les zones rurales, tandis qu'il atteint 85 % dans les grandes agglomérations.
Une carte des inégalités
Les données proviennent du recensement des équipements sportifs (RES) et de l'Insee. Elles ont été croisées pour estimer le temps d'accès à la piscine la plus proche. Résultat : des disparités frappantes entre départements. Paris et la petite couronne sont les mieux lotis, avec un temps moyen de 7 minutes. À l'opposé, la Creuse, la Lozère et les Alpes-de-Haute-Provence affichent des temps moyens supérieurs à 30 minutes.
« Dans certaines communes rurales, la piscine publique la plus proche est à plus d'une heure de route, surtout quand on tient compte des horaires d'ouverture limités », explique le rapport.
Les conséquences sur la pratique sportive
Ces inégalités ont un impact direct sur l'apprentissage de la natation. Selon une enquête de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP), 47 % des enfants de 6 à 12 ans ne savent pas nager dans les départements les moins équipés, contre 19 % dans les zones urbaines denses. « Le manque de piscines publiques est un frein majeur à l'aisance aquatique, surtout pour les familles modestes qui ne peuvent pas payer des cours privés », souligne un responsable de la Fédération française de natation.
L'étude note également que la fermeture de nombreux bassins municipaux pour cause de vétusté ou de coûts d'entretien aggrave la situation. Entre 2010 et 2020, le nombre de piscines publiques a diminué de 12 %, passant de 4 200 à 3 700.
Des solutions locales
Face à ce constat, certaines collectivités innovent. La communauté de communes du Pays de la Loire a mis en place des « piscines mobiles » qui se déplacent de village en village pendant l'été. D'autres misent sur des horaires étendus ou des navettes gratuites. « Il faut repenser l'aménagement du territoire pour garantir un accès équitable à ce service public essentiel », conclut le rapport.
Le gouvernement a annoncé un plan de 200 millions d'euros pour rénover les piscines existantes et en construire de nouvelles, ciblant prioritairement les zones sous-équipées. Toutefois, les associations d'élus locaux jugent cette somme insuffisante face aux besoins estimés à 1,5 milliard d'euros.



