Peptides injectables sur TikTok : les médecins alertent sur les risques
Peptides sur TikTok : l'alerte des médecins

Les peptides injectables vantés sur TikTok pour leurs effets minceur ou anti-âge inquiètent les autorités sanitaires. Le Dr Haleh Bagheri, directrice du Centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Toulouse, alerte : « On ne sait pas ce qu’il y a à l’intérieur ». Ces produits, achetés en ligne, présentent des compositions incertaines et des risques graves pour la santé.

Un phénomène viral aux promesses miracles

Sur TikTok, de nombreux internautes s’injectent des peptides pour perdre du poids, récupérer plus vite, prendre du muscle ou ralentir le vieillissement. Les peptides sont de petites chaînes d’acides aminés, dont certaines existent naturellement dans l’organisme, mais le terme recouvre sur les réseaux des produits très différents : rétatrutide, GHK-Cu, BPC-157, TB-500…

Le rétatrutide, nouveau traitement contre l’obésité développé par la société américaine Eli Lilly, illustre bien le phénomène. Cette molécule, encore en phase 3 d’essai clinique et non autorisée sur le marché européen, agit sur la satiété, la régulation du sucre et la dépense énergétique. Des résultats d’essais sur la perte de poids ont alimenté son succès sur les réseaux. Mais contrairement aux médicaments injectables contre l’obésité comme Wegovy ou Mounjaro, « le produit n’est pas commercialisé », souligne le Dr Haleh Bagheri.

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Des produits sans contrôle ni traçabilité

Sur TikTok, des influenceurs font l’éloge de flacons ou stylos injecteurs à base de rétatrutide. L’utilisatrice 'caraspeppyera' dit s’injecter plusieurs peptides en même temps, notamment du « r3ta », « r3 » ou « ratatouille », le nom de code du rétatrutide sur les réseaux. Dans ces petits flacons au contenu bleu ou blanchâtre, impossible de savoir précisément ce que l’on s’injecte. Le produit vanté par l’influenceuse ne peut être assimilé au médicament en cours de test : « Il n’y a pas de contrôle de qualité, ni de traçabilité. N’importe qui peut vendre n’importe quoi sur Internet », explique la directrice du CRPV de Toulouse.

Quant à l’argument des influenceurs selon lequel les peptides sont naturels car présents dans le corps, la directrice est formelle : « Non ce n’est pas naturel quand vous ingérez quelque chose fabriqué de manière synthétique. C’est comme les contraceptifs. Ils contiennent des hormones, des œstrogènes et de la progestérone ».

Des risques d’interactions et d’hospitalisations

Le 2 juillet dernier, l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM) alertait sur ces peptides frauduleux vendus sur les « réseaux sociaux ou via des circuits informels, notamment des entraîneurs sportifs ou des proches ». L’agence avait reçu plusieurs signalements liés à ces produits détournés, notamment au rétatrutide, avec parfois des hospitalisations. Le CRPV de Toulouse l’observe aussi : il y a trois semaines, une jeune femme y a été prise en charge après plusieurs jours de diarrhée, de déshydratation et de fortes douleurs abdominales. Elle avait utilisé un produit acheté sur Internet et présenté comme du rétatrutide. Une autre de 25 ans souffrant de douleurs abdominales a attendu son quatrième passage aux urgences pour révéler la prise d’un de ces produits frauduleux : « Comme ils prennent ces produits un peu en cachette, les gens ne nous le disent pas forcément et c’est un problème », souligne Haleh Bagheri.

Il y a aussi un risque « d’interactions médicamenteuses », selon la pharmacologue. À Lille, une jeune femme sous anticoagulant a été hospitalisée pour des douleurs abdominales et des vomissements. Son « témoin de coagulation avait bougé », révélant une baisse d’efficacité de son traitement, détaille Haleh Bagheri. Une situation pouvant entraîner « une thrombose, une phlébite », voire des complications plus sévères.

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Des injections à l’aveugle et des effets secondaires

Une injection n’est pas anodine non plus : contamination, infection, mauvaise manipulation ou erreur de dosage peuvent s’ajouter aux effets secondaires de ces produits, rappelle le Dr Haleh Bagheri. Mais cela ne fait pas peur à 'Rina', qui, après sa cure de « reta », s’est injecté un produit acheté sur Internet et présenté comme du GHK-Cu : « Ça me fait des plaques rouges sur la zone injectée », témoigne-t-elle désormais.

Ce produit, 'Mounira' affirme se l’injecter « cinq fois par semaine », tout en augmentant la dose au fur et à mesure des jours. D’après celle qui se présente comme une « consultante skincare et spécialiste en soins esthétique avancés » sur TikTok, le GHK-Cu « régulerait des milliers de gènes liés à la réparation cellulaire, protégerait le foie, réduirait la fibrose et aurait un potentiel neuroprotecteur ». Des bienfaits qui ne sont toutefois pas établis cliniquement chez l’humain.

Pour ceux qui utilisent déjà ces produits, le conseil de la directrice du CRPV de Toulouse tient en trois mots : « Il faut arrêter ». Tant que leur évaluation n’est pas terminée, prévient-elle, leur rapport bénéfice-risque n’est pas établi : « Vous ne savez pas ce qui peut se passer dans les prochains mois ».