Montpellier : l'amie d'Edgar Morin raconte son attachement à la ville
Montpellier : l'amie d'Edgar Morin raconte son attachement

À Montpellier, "on touchait un peu Edgar Morin comme le Messie"

"C'est à Montpellier que je terminerai ma vie", avait déclaré le célèbre sociologue et philosophe Edgar Morin. Pourtant, en 2024, son épouse Sabah l'avait poussé à revenir à Paris. "Si ça n'avait tenu qu'à lui, il serait resté là", estime son amie Nathalie Quentin, propriétaire de l'hôtel du Palais.

Edgar Morin s'était installé discrètement en 2018 à Montpellier. Six ans plus tard, au printemps 2024, il avait quitté la ville tout aussi simplement, sûrement un peu triste. "Sa femme Sabah a préféré qu'il soit à Paris pour ses soins médicaux, mais si ça n'avait tenu qu'à lui, il serait resté. Il pensait que ce serait son dernier déménagement", explique Nathalie Quentin, qui l'avait accueilli pour un premier séjour de trois semaines en 2017.

Un amoureux de la place de La Canourgue

"Il était amoureux de la place de La Canourgue et du quartier. Il allait au marché acheter une poutargue ou du fromage. Il s'y sentait en sécurité. Tout le monde l'appréciait, il avait un capital de sympathie énorme. On le touchait un peu comme le Messie. Il m'avait dit : 'Nathalie, j'aime tellement Montpellier, c'est là que je terminerai ma vie.' Il ne se reconnaissait plus à Paris."

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Malgré des difficultés croissantes à se déplacer, "avec son tricycle, il allait par exemple au Diagonal, c'était un grand cinéphile".

Près de la cathédrale Saint-Pierre

Deux mois après son passage à l'hôtel du Palais, il s'était installé avec son épouse, la sociologue Sabah Abouessalam, rue Jean-Jacques Rousseau, avec vue sur la cathédrale Saint-Pierre "qui l'inspirait beaucoup", se souvient Nathalie Quentin. Son épouse l'inspirait aussi : "C'était sa muse, son amie, son infirmière, c'était une passion amoureuse."

"Il avait un humour ravageur, un charisme extraordinaire, il aimait jouir de la vie dans la plus grande des simplicités", insiste Nathalie Quentin. "Le côtoyer, c'était une grande leçon de vie. On buvait toutes ses paroles. Il avait eu 10 000 vies à travers le monde. Quand il manquait de connexion internet chez lui, il atterrissait à l'hôtel du Palais pour utiliser son ordinateur. Devenu un peu sourd, internet était un moyen important pour lui d'être en lien avec le monde." Un salon de l'hôtel a été baptisé Edgar-Morin.

Un attachement profond à la Méditerranée

Edgar Morin disait avoir choisi Montpellier pour le soleil et sa proximité avec la mer Méditerranée. Ses parents étaient des juifs grecs originaires de Salonique, de lointaine ascendance italienne. "Ses racines étaient là-bas, même s'il se revendiquait citoyen du monde", souligne Nathalie Quentin. "Il adorait aller à la mer dans les paillotes de bord de plage et on l'avait amené notamment à Aigues-Mortes."

Citoyen d'honneur de Montpellier

Il a été fait citoyen d'honneur de la ville en février 2019, une distinction remise par le maire Philippe Saurel à "l'héritier des penseurs des Lumières". "J'ai désormais des droits et des devoirs, avait réagi le philosophe. J'espère participer encore longtemps à la vie de Montpellier."

En octobre 2021, il avait célébré son centième anniversaire à l'Opéra Comédie en compagnie de l'un de ses nombreux amis, Paco Ibañez, pour un concert gratuit exceptionnel. Les deux hommes partageaient un attachement à la lutte républicaine de la guerre d'Espagne. "Ce fut mon premier engagement de jeunesse, je faisais des colis pour les anarchistes", avait expliqué Edgar Morin. Il avait ensuite rejoint la résistance communiste pendant la Seconde Guerre mondiale, avant d'être commandant dans les forces françaises combattantes, pseudonyme Morin, conservé depuis.

Une agora à la Paillade

En 2022, l'auteur Nourdine Bara l'avait accueilli pour une agora à la Paillade, pour un échange avec des adolescents. "C'est une vraie tristesse d'apprendre sa disparition mais il me reste un vrai sentiment de reconnaissance à son égard." Les jeunes étaient inquiets dans un monde et un quartier en souffrance. "De façon brillante, il a su les rassurer et leur rappeler que leur force était dans leur jeunesse et qu'ils n'avaient pas à se sentir illégitimes. Il a encouragé chez eux une légitime révolte, en leur demandant simplement d'avancer avec discernement, en préservant l'idée de fraternité."

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