Des appartements transformés en bouilloires thermiques
À Béziers, dans la Cité Million, Ludivine, 20 ans, et sa fille de deux ans suffoquent dans leur appartement sans volets. « J’en viens à sortir pour avoir moins chaud », confie cette agente de traitement de colis qui travaille de nuit. La température intérieure dépasse souvent les 30 degrés, rendant le sommeil impossible. Selon l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique, la température à l’intérieur des logements peut dépasser de 5 à 10 degrés celle de l’extérieur lors des pics de chaleur.
Sarah, locataire de la résidence « Les Jardins Méditerranée » construite il y a dix ans, vit la même épreuve avec son fils de 7 ans. « À 15 heures, il fait 32 degrés », déplore-t-elle. Pour se rafraîchir, ils prennent jusqu’à cinq douches par jour, ce qui alourdit leur budget. « Sans aller à la piscine ou à la mer, on serait en train de crever dans l’appart », ajoute-t-elle.
Conséquences sur la santé mentale et physique
La chaleur extrême a des répercussions psychologiques et physiques. « Mentalement, c’est la dépression », explique Sarah, qui se sent isolée : elle ne peut inviter personne chez elle. Les symptômes physiques incluent maux de tête, maux de ventre, fatigue et troubles respiratoires. Ludivine et Sarah cherchent à déménager, mais sans succès. « Trois ans qu’on est là, ce n’est plus vivable même avec trois ventilateurs », insiste Sarah.
L’absence de solutions structurelles
L’absence de volets et une isolation défectueuse sont courantes dans les logements anciens et neufs. Aucune loi n’impose l’installation de volets ; le bailleur doit seulement garantir un logement sans danger pour la santé. La Cité Million, gérée par l’Office public de l’habitat de Béziers (OPH), illustre ce problème. Bénédicte Rajnic, directrice générale de Béziers Méditerranée Habitat, reconnaît la situation : « Nous en avons conscience, nous ne sommes pas déconnectés. Nous faisons juste au fur et à mesure. » L’organisme étudie la pose de films protecteurs sur les fenêtres des séjours, mais les solutions restent limitées pour les bâtiments existants.
Pendant la canicule du 22 au 28 juin, 8 973 décès ont été enregistrés selon Santé publique France, dont 605 à domicile, soit une hausse de 91 % par rapport à la semaine précédente. Ces chiffres soulignent l’urgence d’adapter le parc immobilier aux vagues de chaleur, un défi que les bailleurs peinent encore à relever.



