Jany Bauduin, 94 ans, lit Var-matin chaque matin depuis 80 ans. Chez elle à Cavalaire, le journal est soigneusement replié après lecture. « L’intérêt d’un journal que l’on aime bien, c’est de pouvoir le critiquer », affirme-t-elle. Elle n’hésite pas à téléphoner à la rédaction pour signaler un problème, mais aussi à envoyer un bouquet de fleurs après un souci d’abonnement résolu.
Un rituel quotidien depuis l’enfance
Née le 15 septembre 1932, le jour de la grande inondation, Jany a été sauvée par son père qui l’a placée dans un couffin sur une armoire. « On m’a toujours dit que le journal avait titré “Moïse sauvé des eaux”, mais je ne l’ai jamais vu », raconte-t-elle. Petite, son grand-père lui montrait des articles intéressants dans Le Provençal. Après la guerre, elle lit Nice Matin puis Var-matin.
Chaque jour, elle cherche d’abord les informations sur Cavalaire. « Il ne se passe pas grand-chose en ce moment… », lance-t-elle, première pique. Elle lit l’édito, qu’elle trouve intéressant, puis le cahier régional. Lors de notre rencontre, aucune mention de Cavalaire : « Même les petits échos, c’est important. Vous n’avez pas encore parlé de la fête de la Saint-Jean », remarque-t-elle.
Centres d’intérêt et critiques
Jany suit avec attention les pontes de tortues sur sa commune. L’été 2025, deux nids ont été repérés, attirant les foules. Elle lit aussi les horoscopes, tout en sachant que c’est aléatoire. Les faits divers ? « Sans plus, il y en a assez. La jeunesse voit tellement de méchanceté autour d’elle. » Les jeux comme le sudoku sont trop exigeants pour sa mémoire.
Elle conserve une pochette rouge remplie de coupures de presse sur la politique locale, notamment les promesses de campagne. « On ne savait pas comment on serait mangé », plaisante-t-elle à propos des dernières municipales. Elle connaissait le maire sortant, élu deux fois, mais pas l’outsider Nicolas Rodriguez. « Les choses ont l’air d’être longues à se mettre en route », estime-t-elle, tout en reconnaissant que « gérer une mairie de 8 000 habitants ne se prend pas comme un café du coin de la rue ».
Un lien social indispensable
Pour Jany, le journal est un lien avec le monde et sa commune. « Je tiens absolument à savoir ce qui se passe dans le monde », dit-elle. Depuis sa terrasse, elle observe la gare et le terrain de pétanque. Elle n’utilise pas Internet ni les réseaux sociaux, mais a connu le Minitel. « Je n’ai pas mordu à Internet », avoue-t-elle. Malgré ses critiques, elle reste une lectrice plus que fidèle, témoignant de l’importance de la presse locale dans la vie des habitants.



