Journée nationale d’hommage aux harkis : la loi d’indemnisation jugée insuffisante
La loi du 23 février 2022 reconnaît la responsabilité de la France dans les conditions indignes d’accueil et de vie des harkis et de leurs familles, rapatriés d’Algérie après les accords d’Évian de 1962. Trois ans après son application, le bilan est contrasté : entre satisfactions pour une reconnaissance tardive et critiques d’un dispositif jugé trop lent et insuffisant.
Adoptée le 22 février 2022, cette loi répondait à une promesse présidentielle : indemniser financièrement et symboliquement ceux qui, après avoir servi la France durant la guerre d’Algérie, furent abandonnés et relégués dans des conditions indignes en métropole. Sur les 90 000 harkis arrivés en France, le gouvernement estimait à 50 000 le nombre de bénéficiaires potentiels, pour un montant total de 310 millions d’euros.
Un travail colossal d’indemnisation
Depuis 2022, la Commission nationale indépendante des harkis (Cnih) mène un long travail de reconnaissance des préjudices, en collaboration avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (OnacVG), chargé de recueillir les demandes. Au 18 septembre 2025, 22 542 harkis avaient été indemnisés pour un montant total de plus de 201 millions d’euros. La loi ouvre un droit à réparation pour les harkis et leurs familles ayant séjourné dans des camps de transit et des hameaux de forestage entre le 20 mars 1962 et le 31 décembre 1975. Il s’agit d’une indemnité forfaitaire tenant compte de la durée du séjour, sans obligation de prouver un préjudice particulier et sans date butoir.
Un décret du 1er novembre 2024 a revalorisé l’indemnisation pour ceux ayant séjourné dans les camps de Bias (Lot-et-Garonne) et de Saint-Maurice-l’Ardoise (Gard). Un autre décret du 3 septembre dernier a élargi le périmètre, notamment aux harkis ayant contribué à la construction du zoo de Lunaret à Montpellier.
Témoignages : « Qui peut réparer ça ? »
Rachid Guemrirene, qui a vécu au camp de Rivesaltes puis à Saint-Maurice-l’Ardoise jusqu’en 1976, fait partie des indemnisés. « C’est un moindre mal », souffle-t-il, résigné. « Je devrais toucher des indemnités supplémentaires grâce à la loi de revalorisation de 2024. C’est le prix de ma détention dans ces camps ! J’étais libre sans être libre. S’ajoute la perte de mon père à Rivesaltes, une disparition totale. Il fait partie de ces 200 personnes décédées dont on n’a pas de traces. Qui peut réparer ça ? Ces indemnisations ne sont pas grand-chose au regard de nos souffrances. Notre histoire, c’est comme un enfant qu’on perd dans un accident de la route, c’est irréparable. »
Pour Nadia Ghouafria, fille de harki, ces indemnisations sont « insuffisantes ». Celle qui a mis au jour l’affaire du cimetière harki de Saint-Maurice-l’Ardoise estime que « quelque que soit la somme, ça ne changera pas les choses et ça ne réparera rien. »
Une loi trop tardive et trop lente
Pour les harkis, la loi est arrivée trop tard. Beaucoup ne sont plus de ce monde. « Cette loi, c’est un signe de reconnaissance de notre histoire qui vient 60 ans après l’arrivée des premiers harkis en France, c’est presque trop tard », se désole Hacène Arfi, qui a vécu 14 ans dans le camp de Saint-Maurice-l’Ardoise. Son dossier a été jugé favorable, mais il dénonce la lenteur : « Cela fait plus d’un an que j’ai fait la demande et on ne m’a encore rien versé. » Il ignore encore le montant qui lui sera attribué.
Depuis trois ans, l’indemnité moyenne s’élève à 8 937 euros. Au 18 septembre 2025, 22 542 harkis ont été indemnisés sur 32 569 dossiers présentés. Les rejets concernent des personnes non concernées par le dispositif, n’ayant pas séjourné en camp ou hameau, ou décédées avant la promulgation de la loi. Le montant total versé est de 201 468 000 euros.



