L'influenceuse et militante body positive Harmony Albertini a lancé une pétition sur le site de l'Assemblée nationale pour faire reconnaître la grossophobie comme une discrimination à part entière. Cette initiative, née d'un vécu personnel de violences répétées, vise à lutter contre une discrimination qu'elle juge systémique et encore trop banalisée.
Un refus de plainte choquant
Harmony Albertini raconte un événement marquant : dans le cadre d'une collaboration sur les réseaux sociaux, elle a reçu une vidéo de pâtissiers réalisant son gâteau d'anniversaire. Sur dix minutes, la vidéo contenait des insultes grossophobes à son encontre. Lorsqu'elle a voulu porter plainte, la police a refusé, arguant que la vidéo avait été envoyée à son conjoint et non directement à elle, et que les auteurs allaient s'excuser. « Ils n'ont même pas pris le temps d'écouter la vidéo. Ils ne m'ont pas demandé mon prénom. J'ai été expédiée en trois minutes », déplore-t-elle. Elle sait aujourd'hui que ce refus était illégal.
Une discrimination systémique
Albertini explique que la grossophobie n'est pas clairement identifiée dans la loi. L'article 225-1 du Code pénal condamne les discriminations liées à l'apparence physique, mais cela ne suffit pas. « La grossophobie est une discrimination systémique, comme le racisme ou le sexisme. Elle est répétitive, présente dans de nombreux domaines, fondée sur des préjugés, et elle a des conséquences psychologiques, physiques, sociales, voire médicales », insiste-t-elle. Elle souligne que les insultes sont souvent banalisées comme de simples moqueries, alors qu'il s'agit de violences psychologiques réelles.
Des domaines variés
Selon elle, la grossophobie s'exerce dans tous les domaines de la vie : à l'école, dans le travail, les relations sociales, l'accès au crédit (certaines personnes se voient refuser des prêts à cause de leur IMC), et surtout dans le domaine médical. « Des patients ne sont pas soignés correctement, on leur dit juste de perdre du poids, sans examens. J'en suis moi-même victime », confie-t-elle. Elle évoque aussi des violences gynécologiques liées à la grossophobie. Les femmes y sont davantage confrontées en raison des normes de désirabilité. Albertini lie également la grossophobie au validisme, car on se permet de juger la santé des personnes grosses sans les connaître.
Prévention vs discrimination
Interrogée sur la distinction entre prévention en santé publique et discrimination, Albertini répond que la prévention doit être faite par des professionnels formés. L'obésité est reconnue par l'OMS comme une maladie chronique avec plus de 250 facteurs identifiés. « Réduire le poids à une question de volonté ou d'hygiène de vie, c'est faux et stigmatisant », affirme-t-elle. Elle rappelle qu'une prise de poids peut être liée à un traitement, une maladie, une dépression ou des troubles alimentaires. « La plus grande peur recensée chez les femmes est celle de devenir grosses – non pas pour des raisons de santé, mais à cause du regard des autres », ajoute-t-elle.
La pétition et ses suites
La pétition d'Harmony Albertini dépasse les 55 000 signatures. Le premier seuil est de 100 000 signatures, ce qui permettrait un débat à l'Assemblée nationale. « Mais une pétition seule ne suffit pas. Il faut de la médiatisation », précise-t-elle. Elle a déjà été reçue deux fois à l'Assemblée nationale. Elle juge anormal que ce soit une influenceuse qui porte ce combat, mais constate que beaucoup de combats citoyens avancent ainsi, à l'image de l'endométriose qui a mis vingt ans à être reconnue en affection longue durée. « Mon rôle, c'est de porter la voix, de récolter des signatures, de faire de la pédagogie. J'attends que les députés viennent réellement travailler avec moi », déclare-t-elle.
Des mentalités qui bougent
Depuis le lancement de la pétition, Albertini observe que davantage de personnes osent parler des discriminations subies. « La honte commence à changer de camp. Les gens se défendent davantage », se réjouit-elle. Pour convaincre un député hésitant, elle lui dirait que c'est un combat pour l'humain, pour la santé mentale et physique des citoyens. « La grossophobie a un impact direct sur la santé, y compris sur l'obésité elle-même. Beaucoup de personnes ont vu leur situation s'aggraver à cause de la culpabilité, de la honte, du mépris. Si on veut des citoyens plus solides, en meilleure santé, il faut commencer par respecter les corps et les dignités », conclut-elle.



