L’emblématique bar concert restaurant brésilien de Sainte-Croix, ouvert en 2003, est en redressement judiciaire depuis février 2026. Il lui faut réunir d’urgence des fonds pour survivre. En sursis, l’établissement pourrait ne pas rouvrir après cet été 2026.
Une institution menacée
« Les gens pensent que ce n’est pas possible que l’on disparaisse, que l’aventure se termine, mais si ! », s’émeut Lucie Toledo Correa. La patronne, avec son frère, du Central do Brasil, ne se verse plus de salaire. Son établissement a beau être devenu une institution bordelaise, ses affaires ne tournent plus rond, les finances sont dans le rouge. « Nous avons dû nous lancer dans une procédure de redressement judiciaire en février dernier. »
Une cagnotte pour survivre
L’heure de vérité interviendra en ce mois de juillet 2026 : afin de poursuivre ses activités, l’établissement doit réunir 12 000 euros via une cagnotte ouverte sur le site Internet Leetchi. « Nous en sommes à 4 000 euros », affirme la gérante. Le collectif Sauve ton bar, lancé à Saint-Michel par le patron des Copains d’abord, la soutient, mettant en avant l’importance de la dimension culturelle et populaire des lieux festifs du quartier.
Un havre pour musiciens
Le Central do Brasil a construit sa réputation en proposant régulièrement des concerts à base de musiques métissées. Des rythmes latins endiablés joués dans une petite salle bondée faisaient tourner le bar à plein régime tandis que la terrasse, sous une grande glycine, se prêtait aux discussions et permettait de sécher sa sueur. L’étage était consacré principalement à la dégustation de plats typiques du Brésil. « Les concerts étaient gratuits et les musiciens étaient payés, j’y tenais », dit Lucie Toledo Correa.
Après les années fastes, la machine, déjà malmenée par le Covid en 2020-2021, a fini par s’enrayer. « Nous avons une chute de la fréquentation. Les gens voient qu’il y a du monde en terrasse, ils pensent que les affaires tournent, mais c’est un trompe-l’œil. Nous manquons d’argent, j’ai encore des musiciens que je dois payer… » Et les charges de l’établissement qui compte huit salariés ont augmenté.
Concerts suspendus
À cette situation systémique s’est ajouté un contrôle inopiné de l’isolation phonique du lieu qui a stoppé les concerts depuis janvier. Une étude d’impact onéreuse est nécessaire pour procéder à une mise aux normes. Laquelle n’a jamais été effectuée car le Central do Brasil n’est pas situé dans une zone très résidentielle et entretient de bons rapports avec ses voisins.
En 2021, le Central do Brasil fêtait ses 15 ans. « On a peur, j’attends que les gens reviennent », espère la patronne qui regrette ne pas avoir vraiment utilisé les réseaux sociaux pour faire parler du Central. Car les temps ont changé : la clientèle a de nouveaux usages. Et de nombreux bars ont ouvert dans le secteur de ce quartier rénové qui prolonge celui de Saint-Michel. En particulier le long des quais. Et même en face du bar, avec le Pas de lune.
Créé en 2003, à deux pas du Conservatoire de Bordeaux, par le père brésilien de Lucie Toledo Correa (patron alors de la discothèque la Via Brasil), le Central do Brasil remplaçait un vieux bar de quartier et a été longtemps l’unique lieu festif de Sainte-Croix. Ouvert par la suite à la communauté LGBT, le site fut un espace inclusif avant même que ce concept ne devienne une tendance de fond. Précurseur de la vie culturelle à Sainte-Croix jadis, l’établissement doit aujourd’hui se battre pour exister au sein d’une zone urbaine devenue très attractive et prisée des jeunes.



