Jeudi, lors de l'édition anniversaire de la Japan Expo (dont 20 Minutes est partenaire), les fans n'étaient pas venus célébrer un studio japonais, mais une série née dans les cartons d'un jeune dessinateur français. Vingt ans après sa création, Dreamland, le parrain des « manfra » ou mangas français, s'offre enfin une adaptation animée. Celle-ci sortira en octobre et le premier épisode a été projeté en avant-première au Parc des Expositions de Villepinte. Preuve que le « manfra » a fini de jouer les seconds rôles ?
Dreamland : une série française au succès incontestable
Dreamland raconte l'histoire de Terrence, qui parvient une nuit à dominer ses cauchemars et sa phobie du feu. Cette révélation lui permet d'accéder au monde fantastique de Dreamland, tandis que, la journée, la vie d'étudiant, avec ses fêtes et ses amourettes, continue. Pour ses vingt ans, l'œuvre, éditée chez Pika depuis 2006, va être adaptée en une série coproduite par ADN, Crunchyroll, La Chouette Compagnie et Ellipse Animation. La série, réalisée par Joe Celse et Juan Pablo Machado sur un scénario d'Antoine Maurel et Jean-Luc Cano, sera diffusée à raison d'un épisode par semaine sur ADN à partir d'octobre. Un symbole fort pour une œuvre qui reste, avec 24 tomes et plus de 800 000 exemplaires vendus, la plus longue série de manga jamais publiée par un auteur français.
« Dreamland, un succès relatif au Japon »
« Ce n'était pas si naturel que ça, il a fallu attendre l'essor des plateformes pour que le projet se fasse », confie Reno Lemaire, qui a suivi de près l'adaptation. Il y a encore dix ans, l'idée même qu'un Français dessine du manga faisait grincer des dents chez les puristes. Quand Reno Lemaire a lancé Dreamland en 2006, une partie du lectorat refusait qu'un Occidental s'approprie le genre. Le terme « manfra », contraction de « manga » et « français » apparue en 2005, désignait alors un objet mal identifié et décrié à ses débuts.
Depuis, le paysage a radicalement changé. En 2024, le manga a représenté plus de la moitié des ventes de bande dessinée en France, et les auteurs francophones ont largement profité de cette vague. Des séries comme Dreamland ou Radiant ne sont plus perçues comme des copies, mais comme des propositions à part entière. Le second a même déjà été adapté par un studio japonais et diffusé à la télévision nippone.
Dreamland a lui-même franchi une étape en se lançant sur le marché japonais, où ses trois premiers tomes sont désormais publiés par l'éditeur Euromanga. Même si le succès reste relatif. « En France, on est un des publics les plus curieux du monde. Le public japonais l'est beaucoup moins, détaille Reno Lemaire. Du coup, c'est impossible de percer là-bas sans passer par la pré-publication [au Japon, les mangas paraissent d'abord chapitre par chapitre dans des magazines avant de sortir en volume], même si le format numérique et une nouvelle génération d'éditeurs commencent à faire changer les choses. »
Ni japonais, ni vraiment français, mieux que les deux ?
L'enjeu, pour Juan Pablo Machado, était donc de porter à l'écran un univers « à la française » sans perdre l'énergie propre aux anime japonais. « Il y a plein de différences, par exemple dans la façon dont on va économiser les moyens lors de moments plus calmes, décrit le co-réalisateur. Et on va plus se lâcher dans les moments d'action. […] Le but, ça n'a pas été d'imiter, car ça aurait forcément été moins bien, mais de trouver notre propre style. » Le numéro d'équilibriste est plutôt réussi : dans ses moments calmes, Dreamland tient plutôt de l'animation française, tandis que ses scènes d'action n'ont pas à rougir face à ce qu'il se fait de très bien chez One Piece et Naruto. Autre détail notable : l'anime ne cache pas du tout son décor français. On reconnaît la ville de Montpellier, et les lycéens bien français de Dreamland marquent la différence culturelle avec les personnages très stéréotypés des œuvres japonaises. « Mon rêve, c'est qu'un jeune japonais voit Dreamland, et soit aussi curieux de la culture française qu'on a pu l'être avec la culture japonaise en découvrant nous-même les animes à l'époque », souhaite Reno Lemaire.
Cet aperçu de vingt minutes rend curieux d'en voir plus, et la série, qui doit adapter en dix épisodes le premier quart du manga, devrait plaire aux amateurs du genre. Reste à savoir si Dreamland réussira, à l'écran, le pari que le manga a mis vingt ans à gagner sur le papier : convaincre qu'un rêve dessiné en France peut voyager aussi loin que ceux imaginés à Tokyo.



