L'aéroport Paris-Charles-De-Gaulle (CDG) occupe la dernière place du classement 2026 des performances et de l'expérience passager publié par AirAdvisor, qui compare 23 aéroports parmi les plus utilisés d'Europe et des États-Unis. Ce résultat découle principalement d'une ponctualité jugée très moyenne, un critère représentant 40 % de la note finale, sur lequel CDG termine également dernier. Selon la plateforme, 61,07 % des vols sont partis à l'heure en 2025, soit le taux le plus faible du classement, loin derrière la moyenne du panel qui s'établit à 74,04 %. Cela représente près d'un vol sur deux concerné par un retard, un chiffre que 20 Minutes a vérifié et expliqué.
Des statistiques confirmées par Eurocontrol et d'autres plateformes
Contacté par 20 Minutes, le groupe Aéroports de Paris (ADP), qui gère l'aéroport de Seine-Saint-Denis, n'a pas encore fourni ses statistiques de ponctualité. Les chiffres avancés par AirAdvisor concernent les vols au départ et à l'arrivée qui décollent avec au moins 15 minutes de retard. Ces données s'appuient sur les chiffres d'Eurocontrol, une organisation intergouvernementale européenne pour la sécurité de la navigation aérienne. D'autres plateformes comme Flightright ou AirHelp, qui utilisent des méthodes de calcul différentes, indiquent une moyenne de 35 à 40 % de retards supérieurs à 15 minutes pour la période 2025-2026, soit près de 4 vols sur 10 également.
Selon Eurocontrol, sur les 217 745 vols commerciaux qui ont décollé de CDG, 61,8 % des vols au départ ont décollé à l'heure (ou avec moins de 15 minutes de retard). Le retard moyen mesuré sur les départs est de 19,7 minutes (19 minutes et 42 secondes). Sur les 217 618 vols commerciaux à l'arrivée à CDG, 75,1 % sont arrivés à l'heure pour un retard moyen global de 14 minutes.
Des retards de plus de trois heures également supérieurs à la moyenne européenne
Sur les retards de plus de trois heures, Paris-Charles-De-Gaulle est aussi à la peine. Selon Vol-Retardé.fr, une plateforme d'aide aux passagers, sur la période test de juin et juillet 2026, 0,71 % des vols étaient retardés de plus de 3 heures. « Cela classe l'aéroport parisien à la 6e place sur 27 parmi les grands aéroports européens pour les retards de plus de 3 heures, environ 20 % au-dessus de la moyenne européenne », indique Tom van Bokhoven, CEO de Vol-Retardé.fr.
Plusieurs raisons expliquent ces retards. La première est directement liée à sa taille et à son statut. L'aéroport de Paris-Charles-De-Gaulle est un lieu de connexion pour de nombreux vols et destinations, faisant office de « hub » pour certaines compagnies aériennes, dont Air France-KLM et l'alliance Skyteam notamment. Un seul retard peut compromettre une ou plusieurs correspondances, entraîner la réaffectation d'un appareil ou d'un équipage et se répercuter sur plusieurs rotations internationales. Comme l'explique AirJournal, « dans un modèle de hub, quelques dizaines de minutes perdues à l'arrivée peuvent désorganiser une chaîne complète de correspondances », c'est ce qu'on appelle l'« effet domino ». À cela s'ajoute une forme de saturation de l'espace et du contrôle aérien de la région parisienne avec les aéroports d'Orly et du Bourget.
Grèves, conditions météo et saisons : les autres facteurs de retards
Le contrôle aérien est également mis en cause par les professionnels du secteur. Outre les difficultés de recrutement, il profite aussi, à CDG, d'une spécialité française : la grève. Ce lundi encore, la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) a demandé aux compagnies aériennes de réduire leurs programmes de vols sur les aéroports Paris-Charles-de-Gaulle et de Marseille-Provence en prévision d'une grève des contrôleurs aériens à venir.
La ponctualité des vols dépend également des périodes de l'année. Les périodes de fortes affluences, comme l'été ou Noël, sont propices aux retards. Par exemple, selon Eurocontrol, en mars dernier la ponctualité à CDG était de 84,3 % à l'arrivée et de 76,6 % au départ, avec des retards moyens respectifs de 9,4 minutes et de 12,6 minutes « seulement ». En hiver, les épisodes récurrents de brouillard et de givre imposent des procédures de basse visibilité (LVP) qui réduisent drastiquement le nombre d'atterrissages et de décollages autorisés par heure. En été, ce sont les cellules orageuses qui perturbent les couloirs d'approche, et les incendies de forêts et les fumées qui s'en dégageaient ont fortement perturbé le trafic dans le sud de la France et en région parisienne.
CDG reste néanmoins bien classé par Skytrax pour l'expérience passager
Tout n'est pourtant pas noir pour l'aéroport de Paris-Charles-De-Gaulle. Selon le classement Skytrax World Airport Awards 2026, référence mondiale sur la réputation et l'expérience passager, publié en mars 2026, Paris-Charles-de-Gaulle s'est classé 6e du Top 100 mondial des aéroports. Skytrax l'a également désigné « Meilleur aéroport d'Europe » pour 2026. Il ressort des enquêtes passagers que le principal atout de CDG réside dans « l'étendue des services attendus d'une grande plateforme intercontinentale » avec « une offre de terminaux de qualité, un large choix de salons et un vaste réseau de correspondances long-courriers permettant de limiter les escales ». Ces éléments montrent que malgré des retards fréquents, l'aéroport conserve une réputation solide en matière d'expérience passager, ce qui pourrait influencer les priorités d'investissement d'ADP dans les années à venir.