Thermomètre dans le rouge, Coupe du monde de football et consommation d'alcool qui l'accompagne parfois : autant d'ingrédients d'un cocktail explosif dont les femmes peuvent être les premières victimes. Selon une étude d'avril 2025 de Spotlight initiative, programme commun des Nations unies et de l'Union européenne, pendant une vague de chaleur extrême, chaque hausse de 1°C de la température est associée à une augmentation d'environ 5 % des violences conjugales. Le rapport précise aussi que les féminicides augmentent jusqu'à 28 % pendant les épisodes de canicule.
Les mécanismes physiologiques et sociaux en jeu
« On sait que les températures hautes, les vagues de chaleur, augmentent les risques de violence interpersonnelle et de violence domestique », explique à l'AFP Kévin Jean, épidémiologiste en santé environnementale. « Les vagues de chaleur affectent tout l'organisme, notre métabolisme, nos organes, et ça affecte également la régulation hormonale, y compris les hormones qui régulent l'humeur », ajoute l'enseignant-chercheur à l'École normale supérieure de Paris.
Au 3919, le numéro d'appel violences-femmes-infos, il est difficile de faire un lien direct entre la canicule et l'augmentation des appels. « Pour nous, le climat est un élément désinhibiteur », estime toutefois Mine Günbay, directrice générale de fédération nationale solidarité femmes, qui a créé et gère le numéro spécial. « Mais il est important de préciser que la chaleur ne peut pas expliquer ou excuser un passage à l'acte, car dans une famille dans laquelle il y a un couple sain, la canicule n'engendre pas de violence », précise-t-elle.
L'impact des grands événements sportifs
Si la chaleur exceptionnelle exacerbe les comportements violents, qu'en est-il d'un événement sportif comme la Coupe du monde de football ? En France, il n'existe pas d'études françaises sur la corrélation entre football et violences dans la sphère familiale. Quand des femmes dénoncent des violences au 3919, « elles ne précisent pas si elles ont reçu une claque parce qu'il y avait un match la veille », insiste Mine Günbay.
Selon le sociologue Williams Nuytens, spécialiste des violences liées au sport à l'Université d'Artois, les grands événements sportifs, et notamment autour du football, « modifient la dynamique de la violence domestique conjugale le jour même ». Le spécialiste l'affirme ainsi à l'AFP : « Pour certaines femmes, ces périodes sont particulièrement redoutées, sans parler des enfants. »
Des chiffres qui alertent
S'appuyant sur une étude de la London School of Economics publiée en 2024, le sociologue souligne que les violences domestiques peuvent augmenter d'environ 10 % lorsqu'une équipe perd un match qu'elle était censée gagner. « L'horaire des rencontres joue aussi un rôle : les matchs disputés tôt favorisent une consommation d'alcool plus longue et peuvent accroître les passages à l'acte », précise-t-il, en exploitant une autre recherche de 2013 relative au football américain.
Pour autant, comme pour la chaleur, ces facteurs ne créent pas la violence mais la révèlent, rappelle le sociologue. « Un homme qui passe à l'acte parce qu'il est irritable est un homme déjà violent », insiste Kévin Jean.



