Chaque semaine, des anglophones se retrouvent à Béziers pour partager leur quotidien dans le Biterrois. Attirés par le climat, le coût de la vie ou des raisons politiques, ils s'intègrent peu à peu, apprenant le français et s'engageant localement.
Une rencontre hebdomadaire aux allées Paul-Riquet
« Nice to meet you Donna. », « American ? I can tell by your accent. » En terrasse du Frigoula, en plein cœur des allées Paul-Riquet à Béziers, les accents se répondent. Américains, Britanniques, Australiens… L'anglais domine les conversations, ponctué de quelques mots de français glissés avec application. Les verres s'entrechoquent, les rires éclatent. Ici, chaque semaine, une poignée d'anglophones se retrouve pour partager bien plus qu'un verre : un nouveau quotidien dans le Biterrois.
« Je suis émerveillée dès que je sors dans la rue, ça fait 9 mois mais je ne m'en lasse pas. Je crois que je ne réalise toujours pas que je suis ici », sourit Mary, Américaine, les yeux tournés vers les Allées. Tous se sont rencontrés grâce à un groupe Facebook dédié aux anglophones installés à Béziers, qui rassemble près de 680 membres. Pour beaucoup, la retraite a été le point de départ d'une nouvelle vie. Le rendez-vous est devenu un rituel hebdomadaire, une parenthèse conviviale où chacun retrouve un peu de son pays, sans quitter celui qu'il a choisi.
Des motivations variées : coup de cœur ou raisons politiques
« Il y a le train, la mer pas loin, l'aéroport, tout est à proximité. Et puis, la vie est moins chère qu'ailleurs », résume David, originaire du Royaume-Uni. Un peu plus loin, un verre de pastis à la main, Donna et Mike échangent avec leurs voisins de table. Mariés, tous deux professeurs d'université retraités au Texas, ils ont acheté un appartement à Béziers. En attendant de pouvoir s'y installer durablement, ils enchaînent les visas touristiques et reviennent dès qu'ils le peuvent.
Si chacun a posé ses valises ici pour une raison différente – « un coup de cœur » pour David, « la terre du rugby » pour Pierre, la proximité avec des enfants installés dans la région ou simplement l'envie de changer de vie pour d'autres –, pour Donna et Mike, le choix est aussi profondément politique. « On est surtout parti par peur de Trump », affirme l'enseignante aux cheveux courts, immédiatement approuvée par les hochements de tête des autres Américains attablés autour d'elle. « Même si je suis à la retraite, je ne pouvais pas m'empêcher de me dire que je n'aurais pas pu enseigner comme je le voulais. Parler de féminisme, d'écologie, du marxisme…, ce virage politique m'inquiète réellement. »
Un regard lucide sur la ville
Mais personne, autour de la table, n'idéalise pour autant sa terre d'accueil. Les conversations, d'abord légères, glissent peu à peu vers des sujets plus profonds. Tous revendiquent un regard lucide sur Béziers. Ils apprécient « la douceur de vivre », « le climat », « le patrimoine », mais savent aussi que la ville ne se résume pas à une carte postale.
« Je sais que je parle d'un point de vue privilégié, je viens, je consomme, je peux repartir quand je veux, j'ai conscience de cette posture », reconnaît Donna. Une prise de recul qui, selon elle, permet justement de ne pas voir la ville « uniquement sous son meilleur angle ». Un point de vue partagé par Pierre, 69 ans, Britannique : « Il y a un fort taux de pauvreté ». Un constat fait en tant que bénévole aux Restos du Cœur. Pour lui, s'investir localement est une évidence, une manière de rendre à la ville ce qu'elle lui offre. « On ne peut pas arriver ici, profiter et ne rien donner en retour. C'est normal », témoigne David, son voisin de table.
Une intégration progressive et volontaire
Cette volonté de s'ancrer dans la vie biterroise passe aussi par les petits efforts du quotidien. Apprendre le français, rejoindre une association, pratiquer un sport, multiplier les occasions de rencontrer des habitants. « Ça prend du temps de rentrer en contact avec les locaux. Mais peu à peu j'y arrive : j'apprends la langue, je m'inscris dans des clubs de sports… C'est long mais peu à peu on y arrive », explique David.
Sous les platanes des Allées, les conversations reprennent de plus belle. On passe de New-York à Paris, d'un souvenir du Texas à une recommandation de marché ou de cave viticole. Mais ce qui rassemble ici, c'est l'amour de la ville : « Parfois, le soir, j'ai envie de dormir, puis je me rappelle qu'en bas de chez moi c'est la France, ce sont les Français, alors je dis à Donna "Viens on descend, on va profiter !" » sourit Mike. Le groupe poursuivra sa soirée, comme chaque semaine, aux Jeudis de Béziers, avec les mêmes étoiles dans les yeux que lors de sa première visite.



