Marche des fiertés à Agen : lutter contre l'isolement LGBT+ en ruralité
Marche des fiertés à Agen : lutter contre l'isolement LGBT+

À Monflanquin, Fumel ou dans certains villages du Lot-et-Garonne, vivre son identité ou son orientation sexuelle peut encore rimer avec solitude. Samedi 9 mai, la Marche des fiertés d’Agen entend justement répondre à cette réalité rurale.

Un événement pour montrer qu'on peut rester en ruralité

« L’importance de le faire ici, c’est de montrer aux jeunes qu’on n’est pas obligé de fuir la ruralité », explique Manon Narejos Cucuphat, présidente de Fiertés 47, association organisatrice de la Pride d’Agen. « Beaucoup d’entre nous sont partis à Bordeaux ou Toulouse pour pouvoir vivre plus librement leur identité ou leur orientation sexuelle. » Aujourd’hui, l’association tente justement de recréer des espaces de rencontre dans le Lot-et-Garonne.

Permanences hebdomadaires, ateliers de maquillage drag, soirées ou événements organisés à Villeneuve-sur-Lot et Nérac : l’objectif est de maintenir du lien toute l’année. « Ça sort des gens de leur solitude, poursuit Manon. Certaines personnes arrivent sans connaître personne et créent des liens en venant fabriquer les décorations du char ou participer aux ateliers. »

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Des obstacles géographiques à la rencontre

Car, dans un territoire rural, l’éloignement géographique complique parfois les rencontres. « On a des personnes qui ne peuvent pas venir parce qu’elles vivent loin et ne sont pas motorisées », rappelle Frédéric Poussin, administrateur bénévole de Fiertés 47. « On peut vivre en ruralité et être soi-même. »

Cette volonté de créer des espaces rassurants dépasse le cadre militant. Samedi, plusieurs artistes queers locaux ou régionaux animeront la marche et la soirée organisée au Florida.

La musique comme lien universel

Parmi eux, la DJ Spleen.K, installée à Agen depuis cinq ans après avoir vécu à Paris et Bordeaux. Sur le char de la Pride, elle assurera le set musical pendant toute la déambulation. « Au-delà de la communauté gay, j’aimerais que la musique soit vraiment quelque chose qui relie », explique l’artiste, qui mêle électro orientale et afro house dans ses sets. Pour elle, les petites villes offrent parfois davantage de proximité humaine que les grandes métropoles.

L’association attend entre 1 000 et 1 500 personnes ce samedi. « On apprécie ces marches où l’on n’est pas noyés dans la foule et où l’on reste proches », explique Frédéric. « Dans les grandes villes, on devient vite anonymes. À Agen, on crée plus facilement des liens, c’est aussi pour ça que je suis partie », complète DJ Spleen.K.

La DJ voit aussi dans la Pride un moyen de diffuser cette « bulle de bienveillance » dans l’espace public. « Il faut que la communauté ait des safe places pour faire la fête, estime-t-elle. J’espère que la musique donnera envie aux gens qui croisent la marche de rejoindre ce moment. »

Des discriminations toujours présentes

« On nous demande souvent pourquoi on est encore là, puisque les droits avancent. Officiellement oui, mais dans la réalité, c’est encore un combat », regrette Frédéric. Dans le Lot-et-Garonne, un sondage réalisé par Fiertés 47, en 2025, auprès d’une centaine de répondants, montre que 30 % déclarent avoir déjà subi des propos ou violences LGBTphobes. Fin 2025, trois agressions homophobes, ayant entraîné des jours d’Incapacité totale de travail (ITT), ont également été recensées à Agen. « Tant qu’il y aura de l’homophobie, on sera encore là », résume Manon.

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