L'exposition « Corsica Maghreb », présentée au Musée de Bastia jusqu'au 31 octobre 2026, explore les flux migratoires qui ont tissé des liens étroits entre la Corse et l'Afrique du Nord depuis le XIXe siècle. À travers des photographies, des documents d'archives et des installations contemporaines, elle met en lumière des histoires souvent méconnues de va-et-vient entre l'île et le Maghreb.
Un siècle de migrations croisées
Commissaire de l'exposition, l'historienne Marie-France Mattei explique : « Nous avons voulu montrer que les migrations ne sont pas un phénomène récent, mais qu'elles ont façonné les deux rives de la Méditerranée depuis longtemps. » L'exposition s'appuie sur des recherches menées aux archives départementales de la Corse-du-Sud et de la Haute-Corse, ainsi que sur des témoignages collectés auprès de familles corses et maghrébines. Parmi les pièces exposées, on trouve des passeports, des lettres de migrants et des objets du quotidien qui racontent ces parcours.
Des allers-retours économiques et culturels
Selon les organisateurs, plus de 10 000 Corses ont émigré vers l'Algérie, le Maroc et la Tunisie entre 1880 et 1960, principalement pour des raisons économiques. En retour, des travailleurs maghrébins sont venus en Corse, notamment dans les années 1960 et 1970, pour participer à la reconstruction et au développement de l'île. « Ces échanges ont laissé des traces dans la langue, la cuisine et les traditions », souligne Mattei. L'exposition présente par exemple des recettes de couscous revisitées par des chefs corses, ainsi que des cartes postales anciennes montrant des commerces tenus par des Maghrébins à Bastia.
Œuvres contemporaines et mémoire
En parallèle des documents historiques, l'exposition intègre des œuvres d'artistes contemporains, comme le photographe marocain Hicham Benohoud et la vidéaste corse Anna Rizzello. Leurs créations interrogent la mémoire et l'identité, mêlant images d'archives et mises en scène actuelles. « L'art permet de toucher un public plus large et de susciter une réflexion sur les préjugés », estime la directrice du musée, Laura Santini.
Un regard sur le futur
L'exposition se termine par une section consacrée aux migrations contemporaines, avec des témoignages de jeunes Corses d'origine maghrébine. Selon l'INSEE, la communauté maghrébine représente environ 5 % de la population corse, soit près de 15 000 personnes. « Il est important de reconnaître cette diversité et de lutter contre les stéréotypes », conclut Mattei. Le musée prévoit des ateliers et des conférences pour accompagner l'exposition, qui a déjà attiré plus de 3 000 visiteurs depuis son ouverture en mai.



