À l'Ehpad La Pierre de la Fée, à Draguignan, la mémoire s'entretient comme un muscle qu'on entraîne. Deux fois par mois, l'association Métafor y anime des ateliers socio-cognitifs, mêlant jeux, puzzles et exercices de réflexion, pour stimuler les neurones des résidents, sans jamais qu'ils aient l'impression de travailler. Cette initiative, qui rassemble une quinzaine de participants, illustre comment le jeu peut réveiller des souvenirs et renforcer les liens sociaux.
Des jeux adaptés à chaque résident
Lors de ces séances, trois tables proposent des niveaux de difficulté croissants. Dès la première participation, un test évalue les capacités de chaque résident pour l'orienter vers le groupe le plus adapté. À la première table, on travaille la motricité fine et le repérage spatial. Plus loin, les casse-tête se corsent. À la troisième, les puzzles remplacent les jeux d'encastrement, et certains résidents en redemandent, comme cette dame qui réclame un puzzle plus compliqué.
Tous les participants souffrent de troubles cognitifs ou de démence. L'approche est pensée pour éviter toute mise en échec : on ne pose jamais de questions directes. « Si on les interroge frontalement, ils peuvent avoir le sentiment d'être en échec, se mettre en difficulté et finir par se bloquer », explique Virginie Vasseur, animatrice de l'association. À la place, on suggère, on évoque des situations du quotidien, comme l'odeur des viennoiseries devant une boulangerie, pour amener les résidents à retrouver eux-mêmes les mots.
Une méthode qui préserve la confiance
Dans ces ateliers, le mot « non » est banni. L'erreur n'est jamais soulignée. « Il arrive qu'un puzzle soit terminé mais qu'une pièce soit mal placée. Les résidents la cachent pour que cela paraisse juste. Nous récupérons simplement le jeu sans faire de remarque », raconte Virginie Vasseur. L'objectif est de préserver l'estime de soi, essentielle pour maintenir les capacités cognitives.
Cette méthode porte ses fruits. Au fil des séances, certains résidents progressent, comme Madame Santini, qui a quitté la première table pour la deuxième, plus exigeante. Une progression discrète mais précieuse, qui se construit grâce à la répétition et à la stimulation progressive.
Le lien social, clé de voûte
Au-delà des exercices, ces rendez-vous sont surtout des moments de partage. Lors du dernier défi, trouver des mots commençant par J, animateurs, soignants et résidents cherchent ensemble. « Au fond, le plus important, c'est le lien social. C'est ce que nous cherchons avant tout à créer. L'isolement a des conséquences terribles sur la mémoire. Ces rendez-vous sont essentiels, autant pour les échanges que pour les exercices », insiste Virginie Vasseur.
Après une heure d'efforts, les jeux sont rangés et les résidents peuvent souffler. Madame Dauziech, 101 ans, qui a brillamment remporté son duel contre un casse-tête destiné aux enfants, se dirige vers le goûter, prête pour de nouveaux défis.



