Edgar Morin, un fidèle de la ferme qui soigne de Raphaël Colicci à Saint-Privat
Edgar Morin, fidèle de la ferme qui soigne de Colicci

Le sociologue, philosophe et résistant Edgar Morin, décédé à l'âge de 104 ans, était un visiteur régulier de la ferme Oléatherm à Saint-Privat, dans le Lodévois. Raphaël Colicci, paysan chercheur et fondateur de ce lieu, perd aujourd'hui un ami proche avec qui il partageait une profonde complicité.

Une rencontre marquante en 2020

Raphaël Colicci raconte avoir connu Edgar Morin en tant que patient en 2020. « J'étais impressionné par son parcours qui a traversé les générations. Je lui ai tout de suite avoué que j'avais du mal à entrer dans son œuvre littéraire », se souvient-il. Malgré cela, une amitié sincère est née entre les deux hommes.

Des échanges riches et profonds

« Les choses se passaient simplement entre nous. Nos échanges ont été très fructueux : je buvais ses paroles qui avaient un écho en moi, alors que ses livres m'étaient hermétiques. Nous avions pu aller assez loin dans les traumatismes qui avaient façonné sa vie, et on se comprenait à demi-mot », confie Raphaël. Il évoque une personnalité à la vivacité d'esprit incroyable, malgré le poids de l'âge.

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Un cadre naturel loin de l'effervescence urbaine

Edgar Morin venait régulièrement à Oléatherm, qu'il qualifiait de « paradis ». Il y cueillait fruits et légumes pour les consommer avec un immense plaisir. « Il voulait que je lui fasse une cabane pour qu'il puisse vivre dans la décroissance, loin de l'effervescence de la ville », ajoute Raphaël Colicci. Le philosophe appréciait particulièrement le cadre naturel, les oliviers et les variétés anciennes d'arbres fruitiers.

Un soutien indéfectible pour le projet d'oasis

Raphaël Colicci souligne qu'Edgar Morin a été l'un des rares intellectuels à le soutenir dès la présentation de son projet d'oasis dans le désert, développé aujourd'hui sur l'île de Maio. « On le croyait éternel à le voir toujours avec l'humeur positive malgré l'actualité désastreuse », déclare-t-il.

Des souvenirs lodévois

Le sociologue était impressionné par la terre rouge du Lodévois et les ruffes qui lui rappelaient les paysages du sud marocain. Il avait également été étonné par la qualité du programme du musée de Lodève, où une visite était prévue avant qu'il ne soit trop fatigué. Raphaël Colicci, après avoir perdu Pierre Rabhi, perd aujourd'hui un autre ami cher.

Un film et un livre en héritage

Edgar Morin et Pierre Rabhi interviennent tous deux dans le film La ferme qui soigne (2021) de Caroline Breton, consacré à l'engagement de Raphaël et Babeth Colicci autour des bienfaits de l'alimentation et des vertus thérapeutiques de l'olivier. Par ailleurs, lorsque Raphaël a présenté le manuscrit de son premier livre Santé et Sagesse de la terre, Edgar Morin l'a félicité mais lui a conseillé d'écrire plutôt sa biographie. Trois ans plus tard, Raphaël Colicci est en train de l'écrire.

Un esprit toujours en éveil

« Jusqu'au dernier moment, son cerveau était intact. Il nous partageait ses curiosités insatiables, ses nouvelles idées. Il n'était jamais dans la nostalgie, mais toujours émerveillé. Jamais je ne l'ai vu hésiter ou chercher ses mots ; tout était fluide pour lui. C'est impressionnant », conclut Raphaël Colicci, qui ajoute : « Merci Edgar de m'avoir donné plus confiance dans le monde intellectuel et de toujours garder l'espoir. »

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