Depuis plus de deux semaines, le plus long incendie de l'histoire du Var ravage les alentours du Gros Bessillon, et une armée de l'ombre s'est spontanément levée pour soutenir les soldats du feu. À Correns, comme dans les villages voisins, des milliers de simples citoyens se sont mobilisés pour prendre part à une chaîne opérationnelle de soutien logistique, subvenant aux besoins des pompiers et leur apportant un précieux réconfort.
La Fraternelle, une ruche au service des soldats du feu
Depuis plusieurs jours, la salle La Fraternelle à Correns est une impressionnante ruche, où des dizaines de bénévoles se relaient pour organiser, ranger, cuisiner, tandis que les dons affluent, spontanément ou via des collectes. Cette ancienne cave coopérative, mise à disposition par la municipalité dès le début du feu, est devenue une base de repli et de repos essentielle pour les soldats du feu.
« Quand on leur sert nos repas, quand ils se servent dans la nourriture et tout ce qui est mis à leur disposition grâce aux dons, les pompiers nous remercient... Mais c'est le monde à l'envers, c'est à nous de les remercier, encore et toujours ! » s'émeut Marie, bénévole.
Une organisation rodée en quelques jours
L'organisation a rapidement monté en puissance. Les dons affluent de toutes parts, les supermarchés du secteur sont régulièrement écumés pour les collectes. Marie, dont le mari est un ancien pompier volontaire, s'est mobilisée dès le premier soir du feu de Pontevès, le 21 juillet. « Le premier soir, ma fille m'a dit : “Viens maman on va chercher à manger pour les pompiers !” On a cherché, lancé des appels sur les réseaux, et reçu pour le soir même de généreux dons de restaurateurs, des pizzas, de Mc Donald's... Avec mon mari David, on a alors choisi de se mobiliser totalement pour cette cause », raconte-t-elle.
Le couple, qui gère plusieurs garages à Pourrières, Trets et La Ciotat, a mis son activité professionnelle en veille, et a même mobilisé un salarié sur son temps de travail pour participer à cette logistique.
Des collectes acheminées jusqu'aux zones sinistrées
Les collectes sont désormais routées vers Correns, après une rencontre rocambolesque. « Le soir du premier feu touchant Correns, le 24 juillet, on a vu passer cette camionnette blanche au village. Au début, on s'est demandé si ce n'était pas des incendiaires, ils avaient l'air fatigués, à fond en même temps, presque louches (rires). Ils ont demandé si nous avions besoin de nourriture pour les équipes de secours, on a acquiescé... Et à 1 heure du matin, ils sont revenus avec le fourgon plein à craquer ! » s'étonne Magali, employée de mairie, qui occupe ses congés à coordonner cette fourmilière.
Des dizaines et des dizaines de personnes se relaient pour réceptionner et entreposer les dons, faire la cuisine, nettoyer, organiser, et aussi effectuer des livraisons, par exemple vers Châteauvert, où des militaires sont basés.
Un élan de générosité qui dépasse les besoins primaires
La générosité « fait plaisir à voir », se réjouit Marie. « Beaucoup de monde se sent concerné, et est même heureux de pouvoir faire un geste, de participer ainsi à soutenir l'action des pompiers, mais aussi de la sécurité civile, des militaires, gendarmes, élus, comités communaux feux de forêt, etc. Toutes les personnes engagées sur le terrain ! Ces actions sont aussi destinées aux nombreuses personnes qui ont dû être évacuées de chez elles... »
Dans la réserve, abondante, les dons affluent sans discontinuer, et le stock est impressionnant. « Il faut nourrir plusieurs centaines de personnes chaque jour quand même ! C'est le fruit des collectes, des apports spontanés de nombreux citoyens, d'agriculteurs, d'entreprises, commerçants, associations... Des communes aussi ont organisé des collectes chez elles pour nous les apporter, comme Le Thoronet, Rocbaron, Le Beausset... Beaucoup de jeunes des communes voisines aussi, les mêmes qui ont sauvé des maisons en montant des motopompes et une réserve d'eau sur des pick-ups, ont pris part aussi aux actions de collecte et de ravitaillement », détaille Magali.
Des massages pour les combattants du feu
Les actions menées vont bien plus loin que les besoins primaires. « Nous avons fait appel à nos réseaux pour proposer des séances de massages », explique Oriane, qui coordonne cette partie. « Des kinés, ostéos, masseurs se relaient, venus d'un peu partout dans la région, pour masser bénévolement, sur leur temps libre, tous les combattants du feu qui le souhaitent ».
Cet incendie d'une durée inédite dans l'histoire du Var met les sapeurs-pompiers face à de nouveaux défis logistiques. Ces mobilisations bénévoles, spontanées et citoyennes, pour prendre part à la chaîne de soutien opérationnelle la plus élémentaire, celle de l'alimentation et de la logistique, est devenue en quelques jours aussi cruciale que réconfortante.
Après les flammes, des traces durables
Que deviendra tout cela une fois les dernières flammes éteintes ? « Nous confierons tout le stock à des associations caritatives, pour les nécessiteux, c'est normal. On attend que ça se termine avec tellement d'impatience... » souffle Magali. « Ici comme dans les villages voisins, le traumatisme vécu est immense, cela laissera des traces, qui s'activeront à chaque alerte, ou en regardant nos si belles collines réduites en cendre, en pensant à nos amis sinistrés... »
Ici à Correns, mais aussi à Pontevès, Cotignac, Barjols, Le Val, Carcès, Montfort et bien plus loin parfois des zones dévastées par les flammes, face à la catastrophe, ces élans d'humanité simples et désintéressés laisseront eux aussi des traces durables, de nouvelles amitiés, et la preuve à nouveau de l'attachement sans borne de la population à ses sapeurs-pompiers.



