Repenser l'offre culturelle en écoutant les publics pour réduire les inégalités
Repenser l'offre culturelle en écoutant les publics

Seuls 14 % des Français ont assisté à une représentation théâtrale en 2023, selon les enquêtes du ministère de la Culture. Ce chiffre illustre un paradoxe : alors que la France dispose d'un réseau exceptionnel d'établissements culturels, les inégalités d'accès restent fortes, dépendant du niveau de diplôme, de la catégorie sociale ou du territoire. Face à ce constat, un collectif de chercheurs, d'acteurs culturels, d'entreprises et d'associations réunis au sein de l'Impact Tank publie un rapport intitulé « Penser la culture à partir des publics ». Ils y appellent à une transformation profonde de l'approche des politiques culturelles, en plaçant les publics au centre de la réflexion.

L'offre institutionnelle en décalage avec les pratiques réelles

Le pass Culture a montré que les mangas, les artistes issus des cultures urbaines ou les contenus numériques figurent parmi les pratiques les plus plébiscitées par les jeunes. « Les Français n'ont jamais cessé de s'intéresser à la culture, mais leurs pratiques bousculent les représentations institutionnelles », souligne le collectif. Cette vitalité prouve que les publics ne sont pas éloignés de la culture en soi, mais de ses formes les plus institutionnalisées. Pour les auteurs, la réponse publique ne doit plus se limiter à multiplier l'offre culturelle et les dispositifs d'accès. « Il ne suffit pas d'ouvrir les portes des théâtres, des musées et des opéras pour résoudre les inégalités, ni de tenter d'orienter fortement les publics vers une culture 'légitime' », alertent-ils.

Des freins symboliques et une autocensure à combattre

Les freins à l'accès à la culture ne sont pas seulement financiers ou géographiques, ils sont aussi symboliques. « Beaucoup de publics ne se sentent tout simplement pas légitimes d'investir certains lieux culturels », explique le rapport. Cette distance ne se résorbera pas uniquement par une augmentation de l'offre. Elle nécessite de repenser les modes d'accueil, de médiation et de programmation, et de mieux comprendre les mécanismes d'autocensure des publics éloignés. Le collectif propose ainsi un baromètre de l'accès aux pratiques culturelles, destiné à mieux comprendre la diversité des usages et à aider les institutions à renforcer leur capacité d'accueil et d'inclusion.

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Trois transformations concrètes pour renouveler les politiques culturelles

Au-delà des diagnostics, le rapport avance trois propositions concrètes. D'abord, partir des lieux de vie : la culture doit émerger des écoles, des centres sociaux, des établissements de santé ou des espaces publics, et pas seulement être diffusée depuis des institutions. Ensuite, susciter le désir culturel dès l'enfance, en donnant aux jeunes la possibilité d'explorer une diversité d'expressions artistiques sans les hiérarchiser. Enfin, reconnaître et mesurer l'impact social des pratiques culturelles grâce à des outils précis, comme un référentiel de mesure d'impact permettant de diagnostiquer la capacité des structures à évaluer l'accès à la culture.

« Dans un contexte marqué par les fractures sociales et territoriales, la culture peut et doit jouer un rôle essentiel pour refaire société », affirme le collectif. Faire de la culture un bien commun suppose un changement de regard : « Reconnaître que la diversité des pratiques culturelles n'est pas un problème à corriger, mais une richesse à partir de laquelle construire un récit collectif. »

Cette tribune est signée par Tony Bernard (directeur général de l'Impact Tank), Sylvia Girel (coordinatrice de l'Observatoire des Publics et des Pratiques de la culture), Steven Hearn (entrepreneur culturel et président de Crysalid Capital), Julien Menez (directeur RSE de la Sacem), Sarah Yanicostas (directrice générale du secteur Culture du Groupe SOS), Carole Boivineau (déléguée générale de la fondation Foujita et responsable du programme « les Arts pour Apprentis d'Auteuil »), Cécile Boulay (coordinatrice générale et productrice exécutive du festival Atmosphères) et Cécile Durieux (coordinatrice nationale du projet du cinéma l'Alhambra « Toute la lumière sur les Segpa »).

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