Immeuble fissuré à Nice par le tramway : facture de 30 millions d'euros
Nice : immeuble fissuré par le tramway, 30 M€ de dégâts

Quatre ans après l'évacuation de l'immeuble haussmannien du 6 boulevard Victor-Hugo à Nice, menacé d'effondrement, un rapport d'expertise judiciaire du 26 juin 2026 lève le voile sur les causes du sinistre. Le 5 janvier 2022, les habitants avaient dû quitter leurs logements en urgence, visés par un arrêté interdisant l'accès au bâtiment. Le sol s'était dérobé sous l'édifice, provoquant des fissures béantes.

Un tassement alarmant lié au creusement du tramway

Selon le rapport final rédigé par Thierry Fella, expert de justice spécialiste en constructions, cet affaissement est « directement lié au creusement de la station souterraine Jean-Médecin de la ligne 2 du tramway ». L'angle sud-est de l'immeuble a subi un tassement cumulé de 167 millimètres, une valeur alarmante car elle « dépasse de près de sept fois le seuil admissible défini par les règles de l'art et le cahier des charges, fixé à 25 mm », alerte l'expert.

Des travaux de sauvegarde titanesques

Face au risque, un chantier de « reprise en sous-œuvre par micropieux, prévus pour descendre à 30 mètres de profondeur », s'imposerait pour une durée de 24 mois. Le rapport estime le coût global des travaux de sauvegarde à 24,7 millions d'euros. À ce montant s'ajoutent les préjudices subis par les propriétaires et les locataires évacués, évalués à 5,5 millions d'euros, portant la facture totale à plus de 30 millions d'euros.

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Des aléas géologiques mal anticipés

Selon l'expert, les origines de cet accident « relèvent des aléas géologiques forts mal anticipés par les constructeurs, conjugués à de potentielles erreurs et défauts d'exécution des travaux ». Un événement majeur survenu en avril 2016 est pointé du doigt : la perte de 840 m³ de boues argileuses à plus de 40 mètres de profondeur. Pascal Andrieux, expert géotechnicien, explique que ces pertes sont dues à la « présence de zones de dissolutions et/ou de karst au voisinage du pied de paroi ».

Contestations des responsabilités

La Métropole Nice Côte d'Azur, maître d'ouvrage du projet, conteste sa responsabilité et affirme que les désordres proviennent d'« incidents d'exécution entièrement imputables aux entreprises ». De son côté, la société Egis Rail, mandataire de la maîtrise d'œuvre Essia, nie également sa part de responsabilité, soutenant que l'intégralité de la faute incombe au groupement des entreprises de travaux Thaumasia. Cette posture est qualifiée par l'expert de justice de « clé quantique » et jugée comme n'étant « pas sérieuse ». Egis Rail conteste de plus l'ampleur des dégâts et chiffre les réparations à 9,8 millions d'euros, un montant balayé par Thierry Fella qui dénonce des écarts « totalement fantasques et déraisonnables ». Le groupement Thaumasia (Bouygues, Soletanche Bachy et Bessac) a élaboré un projet de réparation évalué à 15,8 millions d'euros, tout en tentant de relativiser sa propre implication.

Une répartition claire des responsabilités proposée

Pour trancher ce litige, l'expert de justice propose une répartition claire des responsabilités : 53 % pour les entreprises de Thaumasia, 30 % pour la maîtrise d'œuvre Essia, et 12 % pour la Métropole, maître d'ouvrage. Les 5 % restants sont répartis entre les contrôleurs techniques et intervenants extérieurs. Il appartiendra désormais aux magistrats de sceller le sort financier de ce dossier.

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La nature du sous-sol était connue avant les travaux

Les responsabilités des différents acteurs interpellent, car le contexte souterrain était une évidence avant le premier coup de pioche. Thierry Fella affirme que « cette carence apparaît d'autant plus significative que les aléas géologiques, hydrogéologiques et géotechniques majeurs du site avaient été identifiés, documentés et signalés dès la phase d'enquête publique puis ultérieurement durant la phase de conception par les experts et ingénieurs compétents ». Il précise que « le maître d'ouvrage, la Métropole Nice Côte d'Azur, ne pouvait ignorer les difficultés, risques et aléas liés au sous-sol et à la géologie du site de la station enterrée Jean-Médecin ». Pascal Andrieux corrobore cette connaissance préalable en indiquant au sujet des nappes souterraines qu'« il s'agit d'un aléa fort, qui avait toutefois lui aussi été correctement identifié lors des études et décrit ».

Des avertissements ignorés

La société de contrôle technique Apave SudEurope pointait déjà en mai 2011 que « le nombre de sondages effectué à ce jour et disponible dans le dossier de mars 2011 est faible et insuffisant au regard de la longueur du tracé et de la complexité géologique et géotechnique identifiée au droit du projet ». Face à ces éléments, Thierry Fella conclut : « Malgré des débats ténus et des écrits éloquents lors de cette période préconceptuelle entre les constructeurs et les géologues, force est de constater qu'in fine ces aléas forts qui sont à l'origine des accidents de chantier ont été oubliés ou atténués. »