Depuis 2012, les bénévoles de l'association Ermitage de Saint-Quinis restaurent l'ermitage qui domine le village de Camps-la-Source, dans le Var. Après 14 ans de travaux, ils touchent enfin au but et ne manquent pas de projets pour faire vivre ce lieu chargé d'histoire à la vue imprenable.
Un chantier de longue haleine
Jean-Claude, président de l'association, scrute au loin, la main en visière pour se protéger du soleil. Il réajuste sa casquette. « Tout le monde est là, on peut y aller », lance-t-il en regardant sa montre. Il est 7 h 42 pile. Le convoi de voitures tout-terrain quitte le parking, direction l'ermitage Saint-Quinis. Le trajet dure quarante minutes sur une piste escarpée. Jean-Claude connaît chaque virage, chaque pierre. Cela fait 14 ans que lui et le groupe de bénévoles montent à la chapelle, « deux fois par mois en moyenne », précise-t-il.
Tout en haut, à près de 600 mètres d'altitude sur la barre rocheuse Saint-Quinis, l'ermitage et la chapelle forment un seul bâtiment. La forêt d'un côté, le vide de l'autre. Le silence invite au repos, mais pas pour eux. Comme un seul homme, les dix bénévoles sortent des voitures et prennent seaux et sacs. Chacun sa tâche.
« Il y a tous les corps de métiers »
« Jojo, c'est l'âme de Saint-Quinis », explique Jean-Claude en montrant le portrait de Georges Marziano, élu à l'origine de la création de l'association. En 2012, le maire de Camps confie à son premier adjoint la restauration de la chapelle. Il faut avoir une vision pour s'attaquer aux ruines qui en ont découragé plus d'un. Sous leur impulsion naît l'association Ermitage de Saint-Quinis. Jojo mène les travaux en s'appuyant sur une équipe de bénévoles experte et polyvalente. Maçon, soudeur, plombier, électricien, « il y a tous les corps de métiers », assure Jean-Claude.
« Il ne manquait pas d'idées, Jojo. Il notait tout dans un petit carnet. Par exemple, on s'est aperçu qu'il y avait des infiltrations d'eau dans la chapelle. C'est lui qui a eu l'idée de construire l'auvent avec des gouttières reliées aux deux citernes. Il avait des solutions pour tout », se souvient Jean-Claude, ému.
5 ans et 1 700 heures de travail
Petit à petit, pierre par pierre, les bénévoles refont murs et toitures. « Au début, on a gardé ce qu'on pouvait garder pour la reconstruction. » Cette étape a pris deux ans. « L'ancienne chapelle du Ve siècle, le chapitre, tout était écroulé, à l'abandon. Il a fallu tout déblayer. On appelait ça les “journées truelle”, parce qu'à ce moment-là, les femmes venaient. » Maintenant, l'équipe ne compte plus que des hommes. « C'est comme ça », glisse Jean-Claude.
La chapelle et l'ermitage du XVIIe siècle sont aussi restaurés. « Il nous a fallu 5 ans pour refaire la chapelle et 1 700 heures de travail. On a photographié et enlevé tous les ex-voto, puis on a repeint et tout remis comme c'était avant », enchaîne-t-il. Les vitraux ont été réalisés par Sandrine Lurenbaum, une vitrailliste de Sainte-Anastasie. « On a pu le faire grâce à un don. Le père du vétérinaire de Garéoult nous a légué 10 000 euros », confie-t-il, reconnaissant.
Des projets pour l'avenir
Même si les gros travaux sont finis (réfection de la toiture, du chapitre, remontage des murs de l'ancienne chapelle du Ve siècle…), il reste des choses à faire. La sacristie occupe Philippe, surnommé « Monsieur Niveau », sous l'œil avisé de Salvatore (le « Ch'ti sicilien ») et Christian, venu en voisin. « Aujourd'hui, on refait le sol, ensuite il faudra repeindre », précise le président.
L'association a posé sur le bureau de la maire un nouveau projet : l'installation d'une table d'orientation pour les randonneurs. Les bénévoles se nourrissent des remerciements laissés par les visiteurs sur leur livre d'or. « Nous avons 6 cahiers », compte Jean-Claude. « Il y a toujours quelqu'un qui passe par ici. »
Transmission de la mémoire
Pendant ce temps, Alain, maître maçon, s'attelle aux finitions de l'encadrement d'une fenêtre, Eric désherbe, Richard transporte des pierres dans une brouette et Jacques arrose un olivier. Pas n'importe lequel. « C'est la famille de Jojo qui nous a demandé de le planter. À sa mémoire. Je reviendrai dans une dizaine de jours. »
La mémoire est importante. C'est pour cela qu'ils sont tous là, pour transmettre, pour garder en vie une histoire à laquelle ils sont attachés. « Chaque année, on venait le lundi de Pâques, raconte Richard. On venait aussi apporter un peu de pain ou de beurre au père François. Il était ermite à la fin dans les années 1980-1990. »
Au-delà de tout ça, quelque chose d'autre les lie. « Moi, je viens pour eux, pour l'équipe », clame Salvatore. Une amitié, des liens de famille, de voisinage, parfois inattendus. « J'étais instituteur dans la même école que la femme d'Alain, à Airennes, dans la Somme », s'amuse Eric. Des hasards qui créent des liens.



