Logements face aux vagues de chaleur : l'urbaniste Clément Gaillard alerte
Logements face aux vagues de chaleur : l'urbaniste alerte

Architecte et urbaniste montpelliérain, Clément Gaillard est convaincu que le passé peut inspirer nos villes et nos logements dans leur quête d'adaptation aux changements climatiques. La vague de chaleur précoce que nous venons de traverser interroge notre capacité à habiter un monde toujours plus chaud. Sommes-nous prêts ? Clairement, non !

Un constat alarmant

Aujourd'hui, nous prenons en pleine face le changement climatique, la disparition des intersaisons et le manque d'adaptation de nos logements. Il y a bien eu 2003 et la prise de conscience du risque canicule, mais le bâtiment est un secteur avec une grande inertie. Tout prend du temps. Bien sûr, les logements qui sortent de terre aujourd'hui sont mieux conçus. En théorie. Même si on observe encore des aberrations climatiques…

Quelles aberrations ?

La modernité architecturale, c'est le vitrage et la lumière. C'est pourtant le principal point faible énergétique d'un bâtiment en été comme en hiver. On a donc des bâtiments dont les murs sont mieux isolés, mais qui s'exposent à cause des surfaces vitrées, tout en supprimant souvent les volets. On est ici sur des considérations esthétiques. Et puis il y a le financier, qui pousse aux appartements mono exposés, sans possibilité de courant d'air.

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La climatisation : une fausse solution ?

Le principe de la climatisation, c'est d'utiliser une machine pour faire sortir de chez soi la chaleur que l'on a laissé entrer. Je ne suis pas contre la clim. Je dis simplement que plus on protège nos logements de la chaleur en amont, moins elle devient nécessaire. Car ce système a aussi ses effets pervers dont un que l'on néglige encore trop souvent : la nuisance sonore. Enfin, la climatisation pose aussi une question d'équité sociale. Les plus riches peuvent être au frais, les plus pauvres ont chaud. Et quand on a chaud, on est moins productif, plus irritable… L'enjeu est global.

Des solutions pour tous

Pour les épisodes courts et exceptionnels comme nous venons de la vivre, la règle numéro une c'est éviter le soleil direct sur les vitres. Tout ce qui peut générer de l'ombre et contrer l'effet de serre est bon à prendre. Fermer ses volets, installer des ventilateurs au plafond – très efficaces mais encore peu démocratisés en France – ou des stores bannes… Quand c'est possible. Car les syndics de copropriété freinent souvent les initiatives isolées. Il y a aussi la solution, moins connue, du blanc de Meudon. En mélangeant cette poudre minérale à de l'eau, puis en l'appliquant à l'éponge sur le vitrage, on obtient une protection bon marché, lavable à l'eau et plutôt efficace.

Une perte de culture climatique

Nous avons perdu notre lien profond au climat au fil du XXe siècle. Quand la majorité des Français travaillait dans les champs, la météo était au centre de tout. Avec la modernité, elle est devenue synonyme de loisirs. On s'est mis à la contourner, la contraindre avec des moyens techniques. Jusqu'au jour où l'on a dit : "le chaud ? le froid ? C'est simple, on appuie sur un bouton et l'énergie fait le reste." Nous sommes face à une forme d'amnésie collective. Une perte de culture qui, quand nos outils se mettent à dysfonctionner, nous plonge dans l'impuissance.

Inspirations du passé

Sur les anciennes cartes postales de Montpellier, tous les magasins avaient des voilages devant leurs vitrines pour rafraîchir l'intérieur. Les ruelles, les patios, les murs plus épais que nécessaire… Ce sont des inventions urbanistiques qui permettent à la ville de se protéger elle-même. Les ombrières sont aussi une solution prisée dans de nombreux pays pour garder les rues à l'ombre et faire baisser la température des villes.

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La ville de demain

La ville de demain est déjà construite à 80 % pour une question d'empreinte carbone, on ne va pas tout raser et repartir d'une feuille blanche. Des initiatives ont aussi été lancées pour lutter contre les îlots de chaleur. À Montpellier par exemple, les fontaines de l'esplanade ont trouvé leur public. Il faut poursuivre dans ce sens. Arrêter de construire des barres d'immeubles plein ouest, multiplier les petites places à l'ombre qui sont aussi des lieux de rencontres. C'est aussi une ville qui, l'été, vit plus la nuit, en laissant ouvert ses parcs et jardins aux habitants après les grosses journées de chaleur.