Hameau des Pomets : résistance au temps et à la modernité à Toulon
Hameau des Pomets : résistance au temps et modernité

À quelques kilomètres du centre de Toulon, le hameau des Pomets célèbre ce lundi 25 mai 2026 la Pentecôte. Ses habitants historiques racontent un quotidien longtemps sans eau courante ni tout-à-l’égout, et une identité villageoise qui résiste à l’urbanisation.

Un lieu hors du temps

Au bout de la route départementale 62, qui serpente sur les hauteurs de Toulon, se trouve « un petit village de poupées dans un dédale de petites rues, à l’allure de crèche provençale », comme l’écrivait l’ancien maire François Trucy. Le hameau des Pomets est dominé par les roches du Baou de Quatre Heures, fréquentées par les amateurs d’escalade et de base jump. À l’entrée, un panneau déconseille de s’y aventurer en voiture. Une vingtaine de pas plus loin, une charmante placette entourée d’oliviers, avec une petite chapelle à l’ombre de deux cyprès, accueille les visiteurs.

C’est sur un muret, au milieu des chants d’oiseaux et d’un calme saisissant, que discutent Jo Ferrero, 83 ans, Robert Cavalieri, 72 ans, et Didier Bonetto, 66 ans, tous installés aux Pomets depuis des lustres. « J’ai acheté en 1970, et j’y habite depuis 1976, raconte Jo Ferrero. À l’époque, il n’y avait pas d’eau, pas de tout-à-l’égout, pas de téléphone. » L’électricité n’est arrivée qu’en 1961. « On récupérait l’eau de pluie, et on avait la fontaine, ici, pour boire et faire la lessive. » Un unique point d’eau potable, alimenté par une source au pont des Marlets, « qui coulait fort tout l’hiver et s’arrêtait en juin ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Souvenirs d’une vie sans confort moderne

Robert Cavalieri, arrivé à l’âge de deux ans en 1955, se souvient : « L’eau sortait d’une cavité rocheuse, comme dans Manon des Sources. Tous les ans, on descendait dedans pour enlever les racines. Comme Jo était le plus mince, c’est lui qui s’y collait. » Plus tard, la mairie a installé de grandes citernes en ferraille, remplies par les pompiers tous les 10 à 15 jours. « L’eau, c’était la prunelle de nos yeux, témoigne Robert. On ne prenait pas la douche tous les jours. Et on ne s’en portait pas plus mal. »

À l’époque, il n’y avait pas de commerces. La RD62, aujourd’hui prisée des cyclistes, n’était qu’une « piste en terre », empruntée par une charrette tirée par une mule. « Nous, les minots, on se regroupait, et on descendait à pied à l’école, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. » L’assainissement se résumait à des puits perdus, avant qu’une fosse septique commune ne soit aménagée dans les années 2000.

Une adresse unique jusqu’en 2024

Jusqu’en 2024, tous les habitants avaient la même adresse : « hameau des Pomets, 83200 ». « Le facteur connaissait tout le monde, on n’avait pas de souci pour le courrier », explique Didier Bonetto. Désormais, des numéros ont été posés sur les maisons, le bus passe aux heures de pointe, et la fibre a été installée. Le hameau réunit environ 25 familles et 70 personnes, dont une dizaine d’enfants. « Toutes les maisons sont habitées à l’année, précise Jo Ferrero. Avant, il y avait beaucoup de résidences secondaires. »

Un attachement indéfectible

Les habitants apprécient toujours le cadre de vie, malgré les progrès. De là-haut, entre deux collines verdoyantes, on aperçoit la mer, « l’entrée du port ». Un air frais tempère les premières chaleurs. Une cycliste s’arrête à la fontaine ; les trois hommes la saluent. Tourné vers le Baou, Robert Cavalieri répète : « Il y a de bonnes ondes, ici. »

Un peu d’histoire

Créé au XIIIe siècle, le quartier s’appelait alors Val d’Aigon, situé un kilomètre plus au sud. Jean Pomet, l’aïeul, s’y établit avec son clan. Deux cents ans plus tard, la famille déménage à l’emplacement actuel. En 1639, vingt-trois familles du nom de Pomet, vivant de la culture de fruits et légumes, construisent la chapelle Notre-Dame de Bon Repos sur le terrain de Georges Pomet. Sur la clé de voûte figurent les armes des Pomets : deux branches de pommiers avec leurs fruits. La chapelle reste le point de rassemblement du village, notamment pour la messe de Noël, celle de Marie en septembre, et celle de la Pentecôte, suivie d’une procession et de festivités. Rendez-vous ce lundi matin !

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale