L'attachement des Français à leur centre-ville ne cesse de croître, et sa revitalisation est devenue une priorité pour une écrasante majorité d'entre eux (87 %). Tels sont les principaux enseignements du dernier baromètre des centres-villes et des commerces, réalisé entre mars et avril sur un panel de 2 827 personnes, dévoilé mardi par l'association Centre-ville en mouvement.
Un attachement renforcé, surtout chez les jeunes
Les chiffres sont éloquents : 67 % des Français se disent attachés à leur centre-ville, contre 63 % en 2016. Les moins de 35 ans sont particulièrement concernés (79 %), et ils s'y rendent au moins une fois par semaine. « On voit l'importance prise par les cœurs de ville », savoure Pierre Creuzet, directeur de l'association.
Pourtant, un paradoxe persiste : de nombreuses enseignes baissent le rideau dans les artères commerçantes, qui n'attirent plus que 12 % des Français. Les autres préfèrent faire leurs emplettes dans les grandes surfaces ou en ligne. Pour beaucoup, pousser la porte d'une boutique en ville est devenu un luxe. 58 % des sondés pointent des prix trop élevés, 42 % des problèmes de stationnement, et 38 % une offre insuffisante.
Le décalage entre imaginaire et réalité
« Il y a un gros décalage entre l'imaginaire qu'on a de la ville et les pratiques sociales réelles », observe le sociologue Jean Viard. Nos cœurs de ville battent-ils encore au rythme de la société ? « Nous étions 40 millions en 1945, nous sommes presque 70 millions aujourd'hui. On ne peut pas tous habiter la ville ; 70 % des Français vivent autour. Il faut donc des parkings », souligne-t-il. Mais aussi « des commerces de demain qui intègrent le fait qu'on est entrés dans un monde de livraison, et des lieux bâtis sur l'accueil : une librairie où vous pouvez boire un thé, feuilleter un livre et l'emporter ou pas, des tiers lieux numériques où les gens peuvent manger… On dit qu'il faut voir 40 personnes dans sa journée pour être bien. Ce qui est central dans le centre-ville, c'est ce rapport humain charnel, c'est le lieu du lien. »
Pierre Creuzet partage ce constat : « On est tous sur nos écrans, il y a les visioconférences, le télétravail, donc on aime se retrouver sur les terrasses de café, surtout en Occitanie où il fait beau. Le centre-ville est devenu le réseau social du réel. »
Un carrefour de flux à réinventer
Jean Viard rappelle que « quand on a inventé la télé, il n'y avait plus personne dans les rues, tout le monde était devant son écran, puis on est ressortis ». Mais la grande erreur des élus « est de croire qu'une ville, ce sont des habitants qui vivent entre eux. Elle ne vit pas sur elle-même, c'est un carrefour de flux. Il y a 3 millions d'étudiants, la France reçoit aussi 100 millions de touristes, ce sont eux qui font la vitalité d'une ville. Mais chaque commune doit développer sa propre stratégie. »
D'où la nécessité de se réinventer, sans oublier quelques fondamentaux : « Une ville qui ne veut pas de HLM ne peut pas loger les gens au smic, elle n'a pas de serveurs, de postiers, elle s'étouffe. » Pour préserver ce fragile équilibre et se projeter dans l'avenir, Pierre Creuzet espère désormais faire résonner cet enjeu, déjà brûlant lors des municipales, lors de la prochaine élection présidentielle.



