Alors qu'une vague de chaleur exceptionnelle traverse le pays, avec des températures dépassant les 40°C dans plusieurs régions, l'architecte des Bâtiments de France (ABF) a pris position contre l'installation massive de climatiseurs dans les édifices classés. Dans un communiqué publié le 27 juillet, il estime que la climatisation n'est pas une solution durable face au réchauffement climatique et qu'elle nuit à l'intégrité architecturale des monuments historiques.
Un patrimoine menacé par la fraîcheur artificielle
Selon le rapport annuel de l'ABF, près de 15% des demandes de travaux concernant des bâtiments classés ou inscrits au titre des monuments historiques incluent désormais un volet climatisation, contre seulement 5% il y a cinq ans. Cette augmentation reflète l'urgence des épisodes caniculaires, mais l'architecte insiste sur le fait que ces installations dénaturent souvent l'aspect extérieur des édifices, notamment par l'ajout d'unités extérieures sur les toits ou les façades.
« Il est impératif de repenser notre approche afin de concilier confort thermique et préservation du patrimoine », a déclaré l'architecte lors d'une conférence de presse à Paris. « La climatisation active n'est qu'une réponse à court terme qui aggrave le réchauffement en rejetant de la chaleur dans l'espace public et en consommant de l'électricité souvent issue de sources fossiles. »
Des solutions alternatives préconisées
Face à cette problématique, l'ABF préconise une série de mesures passives pour rafraîchir les bâtiments sans recourir à la climatisation. Parmi elles : l'isolation par l'extérieur avec des matériaux perméables à la vapeur d'eau, la végétalisation des toits et des cours intérieures, l'installation de stores ou de volets en bois, et l'utilisation de la ventilation naturelle nocturne. Ces techniques, déjà employées dans des projets pilotes à Bordeaux et Lyon, ont permis de réduire la température intérieure de 4 à 6°C en période de canicule, selon une étude du ministère de la Culture.
Le coût de ces rénovations est estimé entre 200 et 500 euros par mètre carré, un investissement certes conséquent mais qui s'amortit sur le long terme grâce aux économies d'énergie. L'architecte souligne que ces solutions sont « respectueuses de l'identité architecturale et du développement durable », et qu'elles pourraient être étendues à l'ensemble du parc immobilier ancien, qui représente environ 40% des bâtiments en France.
Une position qui divise
Cette prise de position ne fait pas l'unanimité. Les syndicats de copropriétaires, notamment dans les immeubles classés du centre historique de Paris, redoutent une surchauffe insupportable pour les habitants, en particulier les personnes âgées et vulnérables. « Nous ne pouvons pas demander aux gens de souffrir sous prétexte de préserver le patrimoine », a réagi une représentante de la Fédération nationale de l'immobilier. « Sans climatisation, certains logements deviennent invivables lors des pics de chaleur, et cela pose un véritable problème de santé publique. »
De son côté, l'association des architectes du patrimoine salue la position de l'ABF, estimant que « la climatisation n'est qu'un palliatif qui ne fait que déplacer le problème ». Elle appelle à un plan national d'adaptation des bâtiments anciens au changement climatique, avec des subventions publiques accrues. Le ministère de la Culture a d'ailleurs annoncé une enveloppe de 50 millions d'euros pour financer des études et des travaux d'adaptation dans les monuments historiques d'ici 2028.
Un enjeu au-delà des monuments
Le débat dépasse le cadre des seuls bâtiments classés. Dans les villes, la climatisation représente aujourd'hui 15% de la consommation électrique en été, et son usage est pointé du doigt par les écologistes comme un facteur aggravant des îlots de chaleur urbains. L'architecte des Bâtiments de France espère que son opposition servira d'exemple pour une réflexion plus large sur l'urbanisme face au réchauffement. « Nous devons repenser nos villes pour qu'elles soient résilientes, sans recourir systématiquement à des solutions technologiques coûteuses et polluantes », a-t-il conclu.



