Canicule et afflux de SDF à Cannes : la ville s'organise
Canicule : Cannes adapte ses dispositifs pour les SDF

Sur les trottoirs brûlants de Cannes, l'été est une saison redoutable pour les personnes sans domicile fixe. Alors que la Croisette fait le plein de touristes, une autre population défile dans les rues : les « estivants » de la précarité. « La chaleur est bien plus dure à supporter que le froid. Dans la région, même en hiver, les températures n'ont rien de comparable au Nord », résume Christophe Visentin, directeur et fondateur du Samu Social local.

Les chiffres témoignent de cet afflux : la cité des festivals, qui compte habituellement entre 100 et 120 sans-abri au long cours, en accueille de 150 à 160 en juillet-août. Ces nouveaux arrivants sont souvent des trentenaires, seuls ou en couple, qui longent le littoral en quête de soleil et de mer, mais finissent par s'installer dans l'espace public.

Des maraudes quotidiennes pour prévenir les coups de chaud

Pour répondre à cette hausse de fréquentation, le Samu Social a renforcé ses équipes. Tous les midis, du lundi au vendredi, deux agents et une assistante sociale de terrain partent en maraude. Ils distribuent de l'eau fraîche, de la nourriture et un peu de réconfort, repèrent les premiers signes de déshydratation et donnent des conseils pour rendre le quotidien moins éprouvant.

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« En hiver, on voit une quinzaine de personnes. En été, c'est plutôt le double », confie Christophe Visentin. Une présence régulière qui permet d'éviter les drames liés aux fortes chaleurs.

Un centre d'hébergement unique dans l'ouest du département

Cannes fait figure d'exception dans l'ouest des Alpes-Maritimes : c'est la seule commune de ce secteur à disposer d'un hébergement d'urgence complet, ouvert jour et nuit. Le centre Lycklama reçoit environ 70 personnes en journée et en héberge 24 la nuit, dont 17 hommes et 7 femmes. Un chenil permet aux usagers de garder leur animal, un détail essentiel pour ceux qui refusent d'être séparés de leur compagnon.

Le site comprend aussi un cabinet médical et des douches publiques. « Le maire veut que l'on accueille les gens dignement », insiste Dominique Aude-Lasset, directrice du Centre communal d'action sociale (CCAS). En hiver, la capacité peut même doubler pour faire face aux épisodes de grand froid. Mais chaque été, Lycklama ferme ses portes de mi-juillet à mi-août. « C'est indispensable pour faire les travaux d'entretien. On ne peut pas le faire quand le site tourne 24h/24 le reste de l'année », ajoute-t-elle.

Un dispositif estival de substitution

Pendant cette fermeture, la Ville active son plan été. Des pochons alimentaires sont distribués au 19, avenue de Lattre de Tassigny. Les douches municipales de la rue Hibert, récemment rénovées, accueillent une vingtaine de personnes par jour, pas uniquement des sans-abri : des locataires de chambres sans salle de bain y trouvent aussi une solution. « On conseille également les salles climatisées mises à disposition par la ville », précise Dominique Aude-Lasset, qui évoque aussi la présence de deux assistantes sociales et d'une psychologue.

Les équipes tentent également de sortir ces personnes de la rue par un accompagnement vers un relogement. « Quand ces personnes ont un travail mais pas de toit, nous faisons tout pour les orienter vers un relogement », rappelle la directrice du CCAS. Un travail de longue haleine : « Si on arrive à en sortir deux par an de la rue, c'est déjà bien. On peut les aider à trouver du travail, mais le plus gros problème reste le logement », déplore Christophe Visentin.

Les limites de la loi face aux refus d'aide

Certaines situations restent épineuses, comme celle de cette dame de 80 ans, signalée à plusieurs reprises au marché Gambetta ces dernières semaines. Le CCAS et le Samu Social maintiennent une veille quotidienne, mais ne peuvent pas forcer la main. « On ne peut pas obliger quelqu'un à se faire soigner ou héberger contre son gré si sa vie n'est pas en danger immédiat. La loi est très stricte », expliquent les intervenants.

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Daniel, 64 ans, l'ombre du Suquet

Derrière les statistiques se cachent des trajectoires cabossées. Daniel, 64 ans, est une silhouette familière du quartier du Suquet. Cet ancien employé municipal a travaillé pendant vingt-cinq ans avant que son existence bascule, il y a vingt ans, après la perte de sa mère et de deux de ses frères. « Un gros choc psychologique », commente-t-il avec pudeur. Il sombre alors dans l'alcool et se retrouve à la rue.

Aujourd'hui, Daniel dort derrière une voiture, arpente les ruelles de la vieille ville avec sa démarche claudicante, séquelle d'un grave accident de la route. La journée, il lit des romans trouvés dans les boîtes à livres. « Moi je préfère l'été, je trouve toujours des coins à l'ombre », confie-t-il. Il peut compter sur la solidarité du quartier, notamment ce gardien d'immeuble qui lui offre chaque matin un café et une cigarette. « Il y a encore des gens humains », glisse-t-il, avant de confier son vœu le plus cher : « Retrouver un toit, même un petit studio. »

Comme lui, Katia et ses dreadlocks près de la Pointe Croisette ou Georges, avec son bras en moins, font partie du paysage cannois depuis plus de dix ans. Autant de visages que les équipes du Samu Social continuent de suivre tout au long de l'année, avec l'espoir d'en sortir quelques-uns de la rue, ne serait-ce que deux par an. En attendant, l'été reste une course contre la montre pour hydrater, abriter et veiller sur les plus vulnérables.