Chaque été, des millions d'automobilistes empruntent l'autoroute A9 pour partir en vacances. Mais cet axe routier est particulièrement propice à la somnolence, l'un des principaux facteurs d'accidents. Le 4 juillet dernier, une voiture a fait des tonneaux au point kilométrique 102 de l'A9, à Lattes, près de Montpellier, après un endormissement. Les deux occupants, légèrement blessés, ont été évacués vers l'hôpital Lapeyronie. Le 23 février 2021, un homme est décédé après que le conducteur endormi d'un poids lourd a traversé l'autoroute pour se coucher dans le sens inverse, à Lespignan.
Un quart des accidents mortels sur autoroute liés à l'hypovigilance
Selon un baromètre de Vinci sur le comportement au volant, 35 % des conducteurs déclarent prendre le volant alors qu'ils se sentent très fatigués, en France comme en Occitanie. 65 % reconnaissent qu'il leur arrive d'être moins attentifs et que leur esprit vagabonde (66 % en Occitanie). 28 % ont déjà eu l'impression de s'assoupir au volant (29 % en région). 35 % ne s'arrêtent jamais pour faire une sieste. 41 % considèrent qu'il est très dangereux de conduire en étant très fatigué (37 %). Selon un rapport du comité des experts de l'Observatoire national de la sécurité routière, la somnolence au volant touche 10 à 15 % des conducteurs professionnels et est l'une des premières causes d'accidents mortels sur autoroute. La Fondation Maif ajoute que l'hypovigilance, état intermédiaire entre veille et sommeil, serait à l'origine d'un quart des accidents mortels sur autoroute.
L'autoroute, un environnement monotone qui favorise l'endormissement
« L'endormissement, c'est le principal facteur d'accident », insiste Laurent Noé, responsable de la communication Méditerranée chez Vinci Autoroutes, qui propose jusqu'au 8 août 12 aires #BienArriver avec des tonnelles détente propices à la sieste, notamment sur l'aire du village catalan. Le Dr Cécile Aerts, médecin du sommeil à l'Institut mutualiste montpelliérain, explique : « L'autoroute est plus à risques d'accidents dus à l'endormissement, car le trajet est monotone. Avec les régulateurs de vitesse et les voitures automatiques, on est dans un environnement qui peut faciliter le passage à un état hypnotique. Le cerveau est en mode de semi-conscience. » Elle constate que de plus en plus de Français sont somnolents, la première cause étant la dette de sommeil : le temps de sommeil a baissé à 7 heures par nuit, soit 90 minutes de moins que dans les années 1970. Les périodes les plus risquées sont entre 13 h et 15 h, et entre 2 h et 5 h du matin.
Café et boissons énergisantes : des faux amis
Le Dr Aerts met en garde contre les remèdes inefficaces : « Votre cerveau est comme une batterie de téléphone. Si vous prenez du café, vous rechargez artificiellement la batterie. Vous aurez l'impression d'être moins fatigué, mais dès que le café ne fera plus effet, vous ne gagnerez pas d'énergie. Il n'y a rien de plus efficace que la sieste. » Elle conseille de boire son café avant une sieste, car il faut une heure avant qu'il ne fasse effet. Au réveil, il faut marcher ou faire de l'exercice pour augmenter le taux de dopamine et de noradrénaline. Les boissons énergisantes sont déconseillées : « Elles sont bourrées d'additifs et de sucre, vous aurez un coup de barre après les avoir absorbées. » Conduire avec de la musique qui plaît est recommandé pour la sécrétion de dopamine. En revanche, téléphoner même avec un kit mains libres multiplie par quatre le risque d'accident : 50 % des informations ne sont pas intégrées.
Connaître son chronotype et ne pas dépasser deux heures de conduite
Le Dr Aerts invite à mieux se connaître en réalisant son chronotype, par exemple via le questionnaire de Horne et Ostberg, pour savoir si on est du matin ou du soir. Si on a un copilote, il est idéal de partager le temps de trajet selon les aptitudes de chacun. Le temps de vigilance optimal ne dépasse pas deux heures. En cas de doute sur des somnolences récurrentes, il faut consulter son médecin : un arrêté du 28 mars 2022 impose un test de maintien d'éveil, et il existe des traitements psychostimulants. Enfin, les détecteurs de somnolence entrent dans la conception des voitures neuves vendues dans l'Union européenne en 2026.



