Yves Lacoste, géographe de renom et fondateur de la revue Hérodote, est mort à l'âge de 96 ans, a annoncé sa famille à l'AFP. Il s'est éteint le 22 juin 2026 à Paris. Lacoste était une figure centrale de la géographie française, connu pour avoir révolutionné la discipline en y intégrant une dimension politique et stratégique.
Un parcours intellectuel marqué par l'engagement
Né en 1929, Yves Lacoste a d'abord étudié la géographie à l'université de Paris. Il a rapidement été influencé par les travaux de Pierre Vidal-Naquet et de Fernand Braudel. Son engagement politique l'a conduit à s'intéresser aux conflits coloniaux, notamment en Algérie, où il a soutenu le Front de libération nationale. Cette expérience a façonné sa vision de la géographie comme outil de compréhension des rapports de force.
En 1976, il a fondé la revue Hérodote, dont le sous-titre était « revue de géographie et de géopolitique ». Cette publication visait à démontrer que la géographie n'était pas une science neutre, mais qu'elle pouvait être utilisée pour analyser les stratégies politiques et militaires. Selon le géographe Michel Foucher, « Yves Lacoste a imposé l'idée que la géographie est une arme au service de la critique sociale ».
Une œuvre qui a marqué la discipline
Parmi ses ouvrages les plus célèbres, La Géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre (1976) a eu un retentissement considérable. Dans ce livre, il soutenait que la géographie était souvent utilisée par les États pour justifier leurs actions impérialistes. Il y dénonçait également le rôle des géographes dans la guerre du Vietnam, où certains avaient participé à la cartographie des zones à bombarder.
Yves Lacoste a également écrit sur la question palestinienne, l'Asie du Sud-Est et l'Afrique. Il a enseigné à l'université Paris-VIII et à l'Institut français de géopolitique. Son approche a influencé toute une génération de chercheurs, comme Béatrice Giblin, qui a repris la direction d'Hérodote après son départ.
Un héritage controversé mais durable
Si ses travaux ont été salués pour leur originalité, ils ont aussi suscité des critiques. Certains géographes lui reprochaient une vision trop politisée de la discipline. Néanmoins, son influence est indéniable : la géopolitique est aujourd'hui une branche reconnue de la géographie, enseignée dans de nombreuses universités.
La revue Hérodote continue de paraître, avec un lectorat fidèle. Le ministère de la Culture a salué la mémoire d'un « esprit libre et exigeant ».



