En pleine saison estivale, les urgences de l’hôpital de Béziers peuvent accueillir plus de 200 patients par jour. Midi Libre a pu y observer une équipe de soignants inspirante, qui jongle entre les cas graves et les petits bobos, avec un dévouement remarquable.
Une soirée sous tension mais bien huilée
Ce samedi 8 août, il est presque 19 h, les 35 °C persistent mais l’orage semble s’éloigner. Dans les couloirs, plus aucun patient non-valide n’attend sur un brancard. Pourtant, Marion, infirmière puéricultrice à l’accueil, ne s’arrête jamais. « Multipass ! » lance-t-elle en souriant, référence au film Le Cinquième Élément. En quelques minutes, elle répond au téléphone, aiguille deux patients, s’occupe d’un homme tachycarde, accueille une mère et son bébé en détresse, et prête même un chargeur à un jeune homme. « La prise en charge a vraiment été rapide, c’est super », témoigne un sexagénaire. « En même temps, on évite de faire traîner, quand c’est un problème cardiaque », répond Marion.
Des soignants en première ligne
Derrière le comptoir, les aides-soignantes d’accueil comme Solëne font face à une affluence extrême. « Notre première question, c’est pourquoi ils viennent ici. Dès les premiers échanges, on fait déjà une évaluation clinique. Et ce n’est pas toujours celui qui fait le plus de bruit qui est le plus mal en point », explique-t-elle. Solëne, qui exerce depuis quatre ans, parle de son métier comme d’une « vocation ». Elle se souvient d’un patient marquant : « Un homme de moins de 50 ans, venu avec sa femme. Je me suis à peine retournée qu’il est tombé. On a essayé de le réanimer, mais il est décédé. Se dire qu’ils étaient en vacances, et elle qui repart toute seule… »
La présence de Jérémy, agent de sécurité de près de deux mètres, rassure l’équipe. Solëne raconte une situation extrême : « Un jour, une voiture est arrivée en klaxonnant. Le conducteur amenait son ami qui venait de se faire tirer dessus à La Devèze. Puis il nous a dit : “Vite, ils arrivent nous défoncer !”. On a tout fermé, et ils ont tapé sur les vitres. »
Des patients variés, une majorité de personnes âgées
Le docteur Olivier Vuillot, chef du service, plaisante : « Je suis spécialiste pour gâcher les vacances. » Face à lui, un jeune Nordiste avec une fracture du poignet, contractée à la fête foraine, prend la chose avec le sourire. Sa mère confie : « On a un peu attendu, mais franchement ça va. Quand on a vu la salle d’attente, on se dit qu’il y a plus grave et que c’est normal d’attendre. » Une touriste suédoise, qui a marché sur un clou, est également satisfaite : « Ça a été très rapide, on est arrivé il y a moins de deux heures. En Suède, on aurait attendu six heures. »
Mais la majorité des patients sont des personnes âgées. Dans la salle de transit, sur 18 lits, plus d’une quinzaine sont occupés par des seniors, certains depuis plusieurs heures. Julie, l’infirmière chargée de la passerelle vers l’hospitalisation, confie : « Le plus compliqué, c’est de rentrer chez soi en se disant qu’on n’a pas pu soigner correctement ces patients parce qu’ils ont dû attendre trop longtemps. On va y arriver, mais on y laisse des plumes. »
Un système sous pression
Sorin, médecin urgentiste chevronné, décrit la situation avec lucidité : « Il manque une chaîne de traitement pour les personnes âgées. Beaucoup viennent dans le Sud en fin de vie, loin de leur famille. Quand on est plein, il faut imaginer 50 patients aux urgences, c’est comme un gros bus rempli de malades, avec un problème chacun à gérer. Nous, on fait le maximum, on se bat pour nos malades. Parfois, ça fait culpabiliser de partir à minuit et laisser les collègues avec plein de patients. Il faudrait que vous restiez une semaine pour comprendre. »
Cette immersion aura suffi pour mesurer l’engagement de ces soignants, qui, malgré la pression, continuent de prodiguer des soins avec humanité.



