Test cadmium : 8,99 µg/g, un taux alarmant qui interroge
Test cadmium : 8,99 µg/g, un taux alarmant

Alors que les alertes se multiplient sur les effets nocifs du cadmium sur la santé, Midi Libre a testé l’imprégnation à ce métal lourd omniprésent dans l’alimentation. Sur le papier, le chiffre affiché sur le test faisait peur : 8,99 µg/g de créatinine, alors que le taux maximum relevé est aujourd'hui de 2,1 µg/g. Ce résultat a suscité un affolement légitime. On vous explique.

Un test révélateur à Saint-Jean-de-Védas

À Saint-Jean-de-Védas, 20 000 tubes d’échantillons biologiques sont enregistrés chaque jour sur le plateau technique d’Inovie Labosud. Dans le lot du 14 avril, 4 millilitres d’urine partent à Marseille, direction Labosud Provence, où l’on teste l’imprégnation chronique au cadmium. Les alertes se multiplient sur l’impact de ce métal lourd sur la santé, aux effets nocifs avérés. Midi Libre a fait le test. Il est encore payant, mais dans quelques semaines, il sera remboursé en partie et sous condition.

Une bombe sanitaire

Le contexte est anxiogène. Le cadmium est qualifié de « véritable bombe sanitaire » par la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS) le 2 juin 2025. Le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé comme cancérogène dès 1993. Il est suspecté d’être impliqué dans la hausse vertigineuse des cancers du pancréas, qui ont touché 16 000 personnes en 2023. Il augmente aussi le risque de fragilité osseuse, d’ostéoporose, et est impliqué dans les maladies rénales et l’infertilité.

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Selon l’Anses, « près de la moitié de la population adulte dépasse les valeurs toxicologiques de référence ». Dans un état des lieux du 25 mars, l’agence fait état d’une « imprégnation forte et croissante » de la population. Les Français sont les champions d’Europe de la contamination : leur taux moyen d’imprégnation est de 0,57 µg/g de créatinine urinaire, et 5 % d’entre eux montent à 2,1 µg/g.

Des analyses dans l’Hérault

L’Anses, qui fixe le seuil d’alerte à 0,5 µg/g, demande d’« agir rapidement et avec détermination » pour limiter les effets néfastes du métal. Composé des engrais phosphatés utilisés en agriculture, le cadmium s’accumule dans les organismes après s’être stocké dans les sols et avoir contaminé les végétaux : on le retrouve dans les céréales, le pain, les pâtes, les pommes de terre. Un rapport de l’Anses du 12 février 2026 concluait à une « exposition trop élevée pour tout ou partie de la population », sur la base de 700 échantillons alimentaires collectés dans trois départements : l’Hérault, le Loiret et le Puy-de-Dôme.

Pressions politiques et mobilisation des acteurs de santé, une réponse s’organise. Le 7 avril, les syndicats de laboratoires et l’Assurance maladie ont ouvert la voie à un remboursement des tests, dans des conditions encore à définir. Le prix est fixé à 27,50 euros, pris en charge à 60 % par la Sécurité sociale. Mais le cadre, limité aux « personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence », fait déjà polémique : les médecins le jugent trop restrictif.

Un test complexe

En attendant la mise en application de l’accord, avant l’été, le test réalisé par Midi Libre montre à quel point le sujet est complexe. L’analyse a d’abord été faussée par une hydratation excessive : « Il faut boire un verre d’eau maximum, éventuellement un café si on fait le test le matin », précise le Dr Pierre Souvet, médecin de référence. Il fait état d’autres résultats surréalistes déjà enregistrés chez Labosud Provence en l’absence de recommandations claires.

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Sur le papier, le chiffre de 8,99 µg/g de créatinine a suscité un affolement légitime. « Je n’ai jamais vu ça ! », s’exclame le Dr Souvet, qui rappelle que les résultats les plus élevés ne vont pas bien au-delà de 2 µg/g. Il faudra refaire un examen pour obtenir le chiffre fiable. Un autre résultat de l’analyse du 14 avril reste néanmoins fiable : 1,32 µg de cadmium par litre d’urine, bien au-delà de la « norme » fixée à 0,44. Ces premières données interrogent : « Vous vivez près d’un site industriel ? Comment vous alimentez-vous ? », questionne le Dr Souvet, qui précise que « cette imprégnation peut remonter à très loin », car il faut 60 ans pour que l’organisme élimine le métal toxique.

Avec une enfance dans un petit village de l’Aude, nourrie aux légumes du jardin et aux produits du terroir bio, une feuille de route alimentaire inchangée, une installation à Montpellier après des études à Toulouse et à Strasbourg, le parcours de vie ne semblait pas préparer à de tels résultats.

Des pistes pour contrer le cadmium

Une analyse de sang complémentaire ouvre des possibilités de contre-feu : « Il ne faut pas être carencé en fer, car le cadmium prend sa place, et il faut avoir un taux correct de zinc », conseille le Dr Souvet.

Préparation des laboratoires

« Êtes-vous fumeur ? Combien de cigarettes par jour ? Combien de portions de pain, de gâteau, de pâtes, de pommes de terre par semaine ? Combien de coquillages ou crustacés par an ? » Les mêmes questions étaient posées sur la feuille de renseignements éditée par la Haute autorité de santé, à remplir avant le prélèvement d’urine au comptoir du laboratoire Labosud de Saint-Jean-de-Védas. La fiole est étiquetée CDUR, pour « Cadmium urine ». « C’est un test qu’on nous demande encore rarement », indique Dimitri Souzy, biologiste chez Labosud.

Thomas Hottier, directeur général d’Inovie et secrétaire général de la Fédération de la biologie médicale, rappelle l’historique : « Lorsque Yannick Neuder était ministre de la Santé, il voulait mettre en place un remboursement à l’automne 2025. L’instabilité politique a balayé le projet, jusqu’à ce que les URPS remontent au créneau. »

« On est prêt à faire face à la demande de la population générale. On a adapté nos comptes rendus aux dernières recommandations, et on va former nos équipes », assure le biologiste. Le médecin généraliste sera au centre du jeu pour dispenser des messages de prévention. L’Association santé environnement France (Asef) propose déjà un « kit cadmium ».

« Il faudra peut-être plus de compétences, plus de machines, c’est une analyse complexe, à base de gaz, et ce n’est pas automatisable », rappelle Thomas Hottier. D’où la centralisation actuelle des analyses à Marseille. « Il y a plus de demandes de tests d’imprégnation aux métaux en Provence, compte tenu de la proximité de la zone industrielle de Fos-sur-Mer », indique Jaoid El Aydi, manager du plateau technique Labosud-Inovie de Saint-Jean-de-Védas, qui y envoie aussi les tests de « soumission chimique ». Deux problématiques malheureusement en devenir.