Ménopause : des saignements anormaux doivent alerter, prévient une gynécologue
Saignements à la ménopause : l'alerte d'une gynécologue

Le cancer du corps de l'utérus, également appelé cancer de l'endomètre, touche principalement les femmes ménopausées. Pourtant, de nombreuses patientes tardent à consulter, minimisant des symptômes pourtant évocateurs. Le Dr Estelle Turrel, gynécologue au centre Antoine Lacassagne à Nice et à l'hôpital de Draguignan, insiste sur l'importance de réagir rapidement face à des saignements après la ménopause.

Un symptôme d'alerte majeur

« Si une femme ménopausée se remet à saigner, elle ne doit jamais considérer cela comme normal et doit impérativement consulter un gynécologue », alerte le Dr Turrel. Même une légère trace de sang doit être prise au sérieux, car il s'agit du principal symptôme du cancer de l'endomètre. Ce cancer, deuxième cancer féminin après celui du sein, touche près de 8 000 femmes par an en France. Heureusement, pris à temps, il se soigne bien : la survie à 5 ans, tous stades confondus, dépasse 80 %.

Pourquoi consulter rapidement ?

Plus la consultation est précoce, meilleur est le pronostic. « Si la patiente consulte dès l'apparition des saignements, elle pourra être prise en charge de façon précoce. En revanche, si elle laisse passer plusieurs mois, nous nous retrouvons face à des cas beaucoup plus avancés et invasifs », explique la spécialiste. Le cancer a alors le temps de progresser dans l'endomètre, d'attaquer le muscle utérin, voire de s'étendre à d'autres organes.

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Le parcours de diagnostic

Lors de la consultation, l'examen débute par l'observation du col de l'utérus au spéculum, suivie d'une échographie. « On regarde s'il y a un épaississement suspect de l'endomètre ou une image évocatrice d'un polype. Idéalement, on essaie de faire une biopsie en consultation », précise le Dr Turrel. Si nécessaire, une hystéroscopie est réalisée sous anesthésie locale ou générale : une petite caméra est introduite par les voies naturelles pour explorer la cavité endométriale et effectuer des prélèvements.

En cas de diagnostic de cancer, une IRM pelvienne est prescrite pour évaluer l'extension locale et régionale. « On vérifie si la tumeur est limitée à l'endomètre ou si elle envahit le muscle utérin, la vessie, le rectum… »

Traitement : l'ablation de l'utérus et des ovaires

Dans la majorité des cas détectés tôt, le traitement consiste en l'ablation complète de l'utérus et des ovaires, le plus souvent par cœlioscopie. Cette intervention mini-invasive nécessite en moyenne une nuit d'hospitalisation. « Il est impératif de retirer les ovaires car il s'agit d'un cancer hormonosensible », souligne le Dr Turrel. Durant l'opération, les ganglions sentinelles sont également prélevés grâce à un traceur injecté, afin d'analyser leur statut et de décider d'un éventuel traitement complémentaire.

La convalescence dure environ quatre semaines, durant lesquelles la patiente doit éviter les charges lourdes et ménager sa paroi abdominale, sans contre-indication à la marche.

Cas avancés : une chirurgie plus lourde

Pour les patientes ayant tardé à consulter, l'atteinte peut être plus étendue. « Si les ganglions du pelvis ou plus hauts sont touchés, on peut être amené à réaliser une chirurgie à ciel ouvert, avec une cicatrice plus importante et des risques de complications plus élevés », explique la gynécologue.

Suivi personnalisé grâce à la classification moléculaire

Après l'opération, une classification moléculaire de la tumeur permet d'identifier des mutations associées à une forte agressivité. « Cela permet d'éviter de sur-traiter ou de sous-traiter les patientes », se réjouit le Dr Turrel. Les cancers à haut risque de récidive nécessitent un traitement complémentaire : chimiothérapie, radiothérapie externe ou curiethérapie.

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Le syndrome de Lynch : une forme génétique chez les femmes jeunes

Le cancer de l'endomètre peut aussi être lié à des prédispositions génétiques, notamment le syndrome de Lynch. Dans ce cas, il touche des femmes plus jeunes, autour de 40 à 45 ans. Ce syndrome augmente également le risque de cancers digestifs (côlon, rectum, estomac) et du pancréas. « Lorsque l'on interroge ces patientes, elles évoquent souvent des antécédents familiaux de cancers digestifs ou d'endomètre précoces. Nous les orientons vers une consultation en génétique », détaille le Dr Turrel. Les femmes porteuses du syndrome de Lynch bénéficient d'une surveillance renforcée et peuvent se voir proposer une hystérectomie préventive à un âge jeune.

En conclusion, tout saignement après la ménopause doit être exploré sans délai. Le dépistage précoce permet une prise en charge efficace et une guérison dans la grande majorité des cas.