Plan bleu déclenché dans les Ehpad face à la canicule
Plan bleu déclenché dans les Ehpad face à la canicule

Volets baissés, pièces climatisées, distribution d’eau et de glaces : à la résidence « Péan », pour personnes âgées dépendantes à Paris, le protocole canicule ou plan bleu est activé pour protéger les résidents des fortes chaleurs, deux décennies après le traumatisme de 2003. Le thermomètre dépasse les 36 °C ce lundi après-midi, rendant le jardin désert. « On déconseille aux résidents de descendre et de sortir parce qu’il fait vraiment très très chaud », annonce Romy Lasserre-Saint-Maurice, directrice de la maison de retraite depuis 2012. Le réfectoire, habituellement lieu des repas et des activités, est également déconseillé : malgré le blanc de Meudon et les draps humides sur les vitres, la température y dépasse 30 °C.

Un plan rendu obligatoire après 2003

Dans l’établissement du 13e arrondissement, le plan bleu a été activé une première fois lors de la vague de chaleur de mai, puis à nouveau le week-end dernier. Instauré après la canicule de 2003 et rendu obligatoire en 2005, ce plan organise la gestion de crise dans toutes les maisons de retraite. « Il prévoit notamment que chaque établissement dispose d’une pièce climatisée à chaque étage », explique Jean-Christophe Amarantinis, président du Synerpa (Syndicat national des établissements, résidences et services d’aide à domicile privés pour personnes âgées). Il inclut aussi une hydratation renforcée et une mobilisation du personnel.

Chacun des cinq étages de la résidence Péan dispose d’au moins une pièce climatisée équipée d’écrans et de fauteuils pour accueillir les résidents au minimum trois heures par jour. « Il fait bon », reconnaît Anne-Marie Hergott, 91 ans, qui apprécie que la climatisation ne soit pas trop froide. Volets et fenêtres sont fermés, et chaque chambre est équipée d’un ventilateur. Pour les personnes les plus à risque, l’établissement a investi dans des climatiseurs mobiles.

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Hydratation et vigilance accrues

Sur un chariot, des carafes d’eau sont à disposition, ainsi que des sirops de menthe, de citron et du jus d’orange pour encourager les plus récalcitrants à boire. « Ils n’ont pas la sensation de soif », rappelle Badra Hamadi, la cadre santé. Arrivée en 2003 à Péan, elle garde un souvenir difficile de cet été-là. « La leçon qu’on a retenue, c’est qu’on n’a pas été forcément vigilants vis-à-vis de personnes âgées autonomes. Elles ont finalement été un petit peu oubliées parce qu’on pensait qu’elles étaient en capacité de gérer leur hydratation seules », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, la consigne est claire : « il ne suffit pas de déposer un verre d’eau et de leur dire de boire. Il faut être sûr qu’ils le font », insiste Badra Hamadi.

La directrice a donc engagé des « porteurs d’eau », chargés de la distribution dans les chambres et les couloirs. « Cette année, l’ARS (Agence régionale de santé) nous donne 35 centimes par jour pour chaque résident, ce qui représente pour notre établissement un peu plus de 3 000 euros qui servent en heures supplémentaires ou pour des CDD saisonniers », précise Romy Lasserre-Saint-Maurice. La résidence Péan compte 94 lits, dont la moitié occupée par des personnes atteintes de maladies neurodégénératives.

Le défi de l’habillement et de la perception de la chaleur

« Vous n’avez pas chaud Mme Jeglou ? », interroge la cadre santé en passant la porte d’une chambre où est assise la retraitée de 94 ans, volets baissés mais ventilateur coupé. « J’aime bien avoir chaud », répond la retraitée, vêtue d’un chemisier à manches longues et d’un gilet. C’est là l’autre mission du personnel en période de canicule : veiller à ce que les résidents ne souffrent pas d’hyperthermie à cause de leur habillement. « Les personnes âgées ne ressentent pas non plus la chaleur et ils ont tendance à se couvrir plutôt qu’à se déshabiller », indique Badra Hamadi, alors qu’un résident traverse la salle climatisée en pantalon, pull en laine et béret sur la tête.

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Des améliorations continues depuis 2003

« Depuis 2003, on a appris beaucoup et avec les vagues successives aussi. Elles nous ont permis d’améliorer le plan bleu d’année en année », estime Romy Lasserre-Saint-Maurice, qui avait dû accueillir les résidents de l’établissement ardéchois qu’elle dirigeait à l’époque dans le sous-sol, où la température était plus clémente. Fin 2023, près de 700 000 personnes fréquentent un établissement pour personnes âgées ou y résident, selon la Direction de la recherche, de l’évaluation et des statistiques (Drees).