Quarante personnes ont perdu la vie par noyade en cinq jours en France, un chiffre annoncé mardi par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Ce bilan, qui touche "essentiellement des jeunes", selon le gouvernement, illustre le revers de la canicule : la multiplication des drames dans les rivières, lacs, canaux, en mer ou même dans les piscines. En Occitanie, plusieurs accidents récents ont marqué les esprits.
Des drames récents en Occitanie
Le 14 juin, dans l'Hérault, un père de famille s'est noyé en tentant de secourir son enfant lors d'une baignade en rivière à Tressan. Le même jour, une sortie en rivière sur la Cèze, dans le Gard, a été fatale au jeune Ali Traoré. Le lendemain, dans l'Aude, un enfant est décédé dans une piscine à Lézignan-Corbières. Un autre, âgé de 15 mois, a perdu la vie le 17 juin à Restinclières, au nord-est de Montpellier. Le 22 juin, un homme de 66 ans a succombé à une noyade à Canet-en-Roussillon, malgré l'intervention des secours, tandis qu'un septuagénaire a été sauvé puis hospitalisé en urgence au Barcarès.
Les dangers des rivières non surveillées
"Quand il fait très chaud, dès qu'il y a un plan d'eau, les gens vont se baigner, constate Jean-Pierre Cires, responsable des secours nautiques du SDIS de l'Aude. Seulement, une rivière non surveillée peut présenter de gros dangers. Les lacs aussi, avec des profondeurs ou des fonds mal connus." Plusieurs communes du littoral audois ont avancé l'ouverture de leurs postes de secours cette année, indique-t-il, mais "rien ne peut remplacer la responsabilité personnelle".
Une hausse des noyades en 2025
Selon Santé publique France, l'été 2025 a été marqué par une forte hausse des noyades, avec 1 418 cas recensés dont 409 décès, soit respectivement 14 % et 16 % de plus qu'en 2024. Un pic très net est observé durant la canicule de fin juin début juillet, avec +135 % de noyades, lié à une fréquentation accrue des lieux de baignade par fortes chaleurs. Les décès par noyade chez les adolescents (13-17 ans) ont fortement augmenté, passant de 10 en 2024 à 21 en 2025, soit plus du double. En Occitanie, 194 noyades ont été enregistrées, soit environ 13,7 % du total national, confirmant le poids important de la région dans ces accidents estivaux.
Des zones non surveillées et des interdictions ignorées
La plupart du temps, ces incidents ont lieu dans des zones non surveillées, voire explicitement interdites à la baignade. Après le drame de Tressan, la mairie a rappelé les dangers des cours d'eau naturels : courants, trous d'eau, racines immergées et rochers glissants. François Pierson, président de l'association de pêcheurs L'Hameçon Indépendant à Bélarga, en aval, connaît bien le secteur : "Juste avant ce décès, deux jeunes se sont retrouvés pris dans la passe à poissons, et des pêcheurs les ont sauvés. Il y a des courants énormes et des phénomènes d'aspiration." Malgré les bornes, panneaux et barrières installés par la mairie, les interdictions restent souvent ignorées.
La Méditerranée, une mer calme ?
Sur le littoral des Pyrénées-Orientales, Edmond Jorda, maire de Sainte-Marie-la-Mer et président de l'Association des maires du département, observe une hausse des interventions. "La Méditerranée est souvent perçue comme une mer calme alors qu'elle peut devenir très dangereuse." Il évoque les coups d'est, les fortes vagues et la tramontane qui pousse rapidement les nageurs et petites embarcations au large. Les canaux et ouvrages hydrauliques constituent un autre point noir. "Le problème, c'est qu'on ne voit pas ce qu'il y a sous l'eau, et il peut y avoir des objets dangereux", souligne Jean Niquet, porte-parole de Voies navigables de France pour le Sud-Ouest. "À proximité des écluses, les phénomènes d'aspiration sont redoutables."
Les règles de prévention
Pour le lieutenant-colonel Éric Agrinier, porte-parole du SDIS du Gard, la prévention repose sur quelques règles simples : "Il faut choisir une zone adaptée à son niveau de natation, entrer progressivement dans l'eau et se méfier des courants invisibles." Il rappelle que "les noyades sont la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans". La surveillance des enfants demeure le message central. Même avec les brassards, elle doit "être permanente et sans aucune distraction", insiste le commandant Sebti Khadimallah, chef de communication de la Sécurité civile.
Les réflexes qui sauvent
Avant de se baigner, il est recommandé de privilégier les zones surveillées, respecter les drapeaux et interdictions, se renseigner sur les courants et profondeurs, entrer progressivement dans l'eau pour éviter l'hydrocution, et éviter la baignade après un repas copieux ou sous l'emprise de l'alcool. Pour les enfants, il faut ne jamais les quitter des yeux, rester à portée de bras pour les plus jeunes, et ne pas compter uniquement sur les brassards ou bouées. Les lieux à risque incluent les rivières à courant, barrages, écluses, canaux, sauts depuis des ponts ou rochers, et zones interdites. En cas d'accident, il faut lancer un objet flottant plutôt que se jeter à l'eau sans moyen de secours, sortir rapidement la victime de l'eau, alerter le 18 ou le 112 en indiquant précisément le lieu, et pratiquer les gestes de réanimation si nécessaire.



