Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), remontant à janvier, n'a été rendu public que mardi soir, après que Le Canard Enchaîné a révélé son existence. Ce document, commun aux ministères sociaux, dresse un constat préoccupant : la France est devenue l'un des pays européens où la mortalité infantile est la plus élevée.
Des chiffres alarmants
En matière de mortalité des nouveau-nés, la France connaît « une dégradation sanitaire préoccupante, remontant à quinze ans », qui la place dans une « position internationale défavorable ». Autrefois bien classée parmi les pays développés, la France a reculé depuis le début des années 2010 vers le bas du classement, avec plus de quatre bébés sur 1 000 décédés avant leur premier anniversaire en 2024.
Les causes multiples
Plusieurs facteurs expliquent cette hausse, sans que leur poids respectif soit précisément connu : l'âge de plus en plus tardif des grossesses, qui augmente le risque de complications, et la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes. S'y ajoute un rôle prépondérant des inégalités sociales et territoriales, qui amplifient, de manière de plus en plus documentée, le risque de décès du nouveau-né ou de sa mère. Le rapport souligne que les régions d'outre-mer, généralement plus défavorisées, enregistrent les chiffres les plus préoccupants, mais que la situation s'est aussi dégradée en Île-de-France.
La piste des fermetures de maternités écartée
Les trois auteurs du rapport écartent l'hypothèse, souvent débattue, selon laquelle les fermetures des petites maternités, en cours depuis plusieurs années, expliqueraient la hausse de la mortalité néonatale. Ils constatent que des pays observent de meilleures performances, certains ayant concentré les naissances dans de grandes maternités, d'autres, comme l'Italie, conservant de petits établissements. « Dès lors, proposer […] comme solution à un grave problème de santé publique, multiforme et multifactoriel, la seule hausse du seuil minimal d'activité des maternités », aujourd'hui à 300 accouchements par an, « constituerait une réponse mécanique, datée », selon eux.
Un sujet sensible
Le sujet est sensible. Nombre d'élus locaux refusent la fermeture de maternités, présentée comme une cause de la dégradation des soins, tandis que les sociétés de médecins estiment plutôt que ces établissements, par manque d'activité, représentent un danger pour les mères et les enfants. Mais pour le rapport, « l'essentiel de la réduction des risques de mortalité infantile se joue » d'abord lors de la grossesse, « dans la capacité à prévenir, détecter puis prendre en charge les situations à risque », et après l'accouchement, dans celle « à prendre en charge les jeunes enfants dont l'état le requiert dans les services de néonatalogie ».
Réception du rapport
Le ministère de la Santé a salué « un travail de fond, très riche » à même d'« alimenter le débat public ». Chez les soignants interrogés par l'AFP, médecins gynécologues et sages-femmes, les conclusions du rapport ne surprennent guère, mais sa publication discrète agace, alors que la ministre Stéphanie Rist promet depuis plusieurs mois d'agir.
« Le mois d'août, ce n'est pas propice aux lectures approfondies et exigeantes », regrette Isabelle Derrendinger, présidente du conseil national de l'Ordre des Sages-Femmes, y voyant un choix « significatif de la façon dont on traite la périnatalité et la santé des femmes en France ». « C'est incompréhensible qu'il ait fallu des mois pour obtenir un rapport qui ne reprend même pas la question centrale du déficit en ressources humaines », a renchéri Olivier Morel, secrétaire du Collège national des gynécologues et obstétriciens (CNGOF).
Les mesures annoncées
Stéphanie Rist a annoncé début juillet plusieurs mesures. Elles correspondent largement aux préconisations de l'Igas, avec la mise en place d'actions de prévention et la révision de décrets sur les soins périnataux, jugés obsolètes. La question des maternités a, elle, été reportée à octobre.



