Diego Maradona, en plus de ses addictions, souffrait d'un « trouble bipolaire » et d'un « trouble de la personnalité narcissique », a révélé ce jeudi un psychologue, membre de l'équipe soignante jugée pour de potentielles négligences fatales dans leur accompagnement de la star.
Un témoignage clé au procès
Carlos Diaz, spécialiste en addictologie, était entendu pour la première fois au tribunal de San Isidro, près de Buenos Aires, où sept professionnels de santé (médecin, psychiatre, psychologue, infirmiers) sont jugés depuis deux semaines pour leur éventuelle responsabilité dans le décès en 2020 de l'icône du football argentin.
Des pathologies chroniques
« Chez Maradona, il fallait traiter, en plus de l'addiction à l'alcool et aux psychotropes, un trouble bipolaire et un trouble de la personnalité narcissique. Trois affections chroniques qui durent toute la vie », a déclaré Carlos Diaz, disant avoir accompagné Maradona vers l'abstinence au tout dernier mois de sa vie.
C'est la première fois qu'est évoqué de manière publique, par un spécialiste, un diagnostic de pathologies mentales chez Maradona, dont les addictions à la cocaïne et à l'alcool étaient par contre connues.
« On m'a expliqué que sa consommation était très liée à ses réussites sportives, et que face à une frustration, il ne savait pas comment gérer la situation », a encore expliqué Carlos Diaz.
Un désir de changement
Maradona, légende du football et champion du monde en 1986, est mort à 60 ans le 25 novembre 2020 d'une crise cardiorespiratoire couplée à un œdème pulmonaire, seul sur son lit dans une résidence louée pour une hospitalisation à domicile, convalescence d'une neurochirurgie sans complication.
Carlos Diaz, addictologue de 34 ans, a raconté avoir connu Maradona un mois avant sa mort, fin octobre 2020, et décelé chez lui « un réel désir de changement » par rapport à ses addictions. Son seul rôle, a-t-il plaidé, a été de l'accompagner dans un programme visant l'abstinence, qui selon lui a fonctionné.
« Maradona consommait tous les jours, et il a fini clean, après 23 jours sans consommer de substances », a-t-il souligné. « L'examen toxicologique a montré cela. »
Absence de drogues dans le sang
Au premier procès sur la mort de Maradona, annulé en mai 2025 après récusation d'une juge, un médecin légiste avait certifié qu'aucune trace de drogues ni d'alcool n'avait été révélée par les examens toxicologiques au moment de sa mort.
« On voulait tous le meilleur pour Maradona », a assuré Carlos Diaz, affirmant qu'il n'a « pas facturé un peso » pour son accompagnement de l'idole, dont le décès ne présentait aucun avantage potentiel pour lui, bien au contraire, « que des pertes » : « économiques, émotionnelles, surtout pour ma famille. Que des pertes, parce que ce qui me fait ressentir le plus d'impuissance, c'est que j'étais totalement convaincu que le patient voulait être clean, qu'il avait envie d'être sobre. »
Des accusations passionnées
Les accusés au procès nient toute responsabilité dans le décès de Maradona, invoquant des causes naturelles et se renvoyant mutuellement la responsabilité. Ils encourent entre huit et vingt-cinq ans de prison.
L'audience de jeudi, émouvante et électrique par moments, a aussi vu Veronica Ojeda, l'ex-compagne et mère d'un fils de 13 ans de Maradona, Dieguito, osciller entre larmes et insultes lors de sa déposition. « Ces assassins, ces fils de pute », a-t-elle explosé, se tournant vers Carlos Diaz, après la diffusion d'un message audio dans lequel le psychologue semblait la dénigrer.
« Je comprends maintenant la manipulation qu'ils exerçaient sur toute la famille : à moi ils me disaient une chose et aux filles (aînées de Maradona) une autre, pour qu'on ne soit pas unis », a grondé Veronica Ojeda.
Le procès, à raison de deux audiences par semaine, pourrait s'étirer jusqu'en juillet.



