Des inégalités marquées face au cancer
Une étude publiée ce jeudi 4 juin 2026 par la Drees, le service statistique des ministères sociaux, met en lumière un lien fort entre la situation socio-économique des individus et le risque de développer des cancers graves. Selon Thomas Wanecq, directeur de la Drees, « le cancer n'est pas une maladie qui touche indistinctement la population » : les données montrent au contraire un lien extrêmement fort avec la situation des individus, notamment socio-démographique.
Des risques accrus pour les plus modestes
L'étude, qui combine les données de remboursement de l'Assurance maladie avec un échantillon démographique permanent de l'Insee entre 2013 et 2020, confirme que le cancer est la première cause de mortalité en France avec plus de 160.000 décès par an. Les hommes appartenant aux 10 % les plus modestes ont un risque 2,2 fois plus élevé de développer un cancer du poumon que ceux des 10 % les plus aisés. À l'inverse, les cancers du sein et de la prostate sont plus fréquents chez les plus aisés.
Explications et facteurs de risque
Les chercheurs avancent plusieurs hypothèses : des écarts d'exposition à des facteurs de risque comme le tabagisme pour le poumon, une prise antérieure de pilules contraceptives et un âge plus tardif de grossesse pour le sein, ainsi que des différences de recours au dépistage, notamment pour la prostate. Les plus modestes développent plus souvent des cancers de mauvais pronostic, avec un risque 1,7 fois plus élevé pour les 10 % les plus modestes comparé aux 10 % les plus aisés.
Diagnostic tardif et inégalités de dépistage
Le moment du diagnostic est également marqué par de fortes inégalités. Pour les cancers du sein, colorectal ou du col de l'utérus, les diagnostics surviennent plus souvent à un stade métastatique chez les plus modestes. Les freins financiers, le manque d'information et un rapport aux soins différent expliquent un recours moindre aux trois dépistages nationaux. Pour le cancer du poumon, un programme pilote de dépistage par scanner thoracique a démarré mi-mai dans cinq régions, ciblant 20.000 fumeurs ou ex-fumeurs de 50 à 74 ans.
Prévention et actions ciblées
Les cancers dits « évitables », liés au tabac ou à l'alcool, sont plus de deux fois plus fréquents chez les plus modestes. La Drees souligne que « les inégalités sociales face au cancer se construisent à plusieurs étapes : l'exposition aux facteurs de risque, le recours au dépistage et la précocité du diagnostic ». Les données utilisées sont antérieures aux initiatives récentes de l'Assurance maladie ciblant les publics les moins dépistés ; l'impact de ces actions sera évalué ultérieurement. Une étude sur la mortalité et la survie des cancers sera publiée à l'automne.



