Infertilité masculine : le drame intérieur des hommes
Infertilité masculine : le drame intérieur des hommes

L'infertilité masculine touche un couple sur sept en France. Pour les hommes concernés, le diagnostic est souvent vécu comme un drame intérieur, marqué par la honte et la solitude. Témoignages.

Un couple sur sept concerné

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'infertilité touche environ un couple sur sept dans le monde. Dans près de la moitié des cas, la cause est masculine. Pourtant, la parole des hommes reste rare sur ce sujet tabou.

« Avoir un enfant est le but de ma vie », confie Julien, 38 ans, qui a découvert il y a deux ans qu'il était stérile. « Quand le médecin m'a annoncé ça, j'ai eu l'impression que ma vie s'effondrait. Je me suis senti dépossédé de ma masculinité. »

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Un choc psychologique souvent sous-estimé

Pour beaucoup d'hommes, l'annonce de l'infertilité est un véritable choc. « On associe souvent la fertilité à la virilité. Quand on apprend qu'on ne peut pas avoir d'enfant, c'est toute notre identité qui est remise en question », explique le Dr Pierre Jouannet, andrologue à l'hôpital Cochin à Paris.

Les conséquences psychologiques sont lourdes : dépression, anxiété, baisse de l'estime de soi, difficultés conjugales. Pourtant, peu d'hommes osent en parler. « Il y a une vraie différence entre les femmes et les hommes dans la façon de vivre l'infertilité. Les femmes sont plus enclines à en parler, à chercher du soutien. Les hommes, eux, se renferment souvent sur eux-mêmes », ajoute le Dr Jouannet.

Des causes multiples

Les causes de l'infertilité masculine sont diverses : anomalies génétiques, infections, troubles hormonaux, varicocèle, ou encore facteurs environnementaux (tabac, alcool, pesticides, pollution). Dans certains cas, aucune cause n'est identifiée.

Le diagnostic repose sur un spermogramme, qui analyse le nombre, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes. Si une anomalie est détectée, des examens complémentaires sont prescrits.

Des traitements existent

Selon l'Agence de la biomédecine, environ 150 000 personnes ont recours chaque année à une assistance médicale à la procréation (AMP) en France. Parmi elles, de nombreux couples confrontés à une infertilité masculine.

Plusieurs options thérapeutiques sont possibles : stimulation ovarienne, insémination artificielle, fécondation in vitro (FIV) avec ou sans ICSI (injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde), ou encore recours à un don de spermatozoïdes. Le choix dépend de la cause et de la sévérité de l'infertilité.

« Aujourd'hui, on peut prendre en charge la majorité des infertilités masculines. Mais il faut que les hommes consultent tôt, et qu'ils osent en parler. Le silence ne fait qu'aggraver la souffrance », insiste le Dr Jouannet.

Un parcours du combattant

Pour Julien, le parcours a été long et éprouvant. « On a enchaîné les examens, les traitements, les espoirs et les déceptions. Ma femme a été d'un soutien incroyable, mais je me sentais coupable, comme si c'était de ma faute. »

Après deux ans de tentatives, le couple a finalement eu recours à un don de spermatozoïdes. « C'est une décision difficile, mais quand on tient à fonder une famille, on est prêt à tout. Aujourd'hui, je suis papa d'une petite fille, et c'est le plus beau jour de ma vie. »

Son témoignage rejoint celui de nombreux hommes qui, peu à peu, brisent le tabou. Des associations, comme l'Association pour l'information et la recherche sur l'insuffisance ovarienne (AIRO), offrent un espace de parole. Des forums en ligne permettent aussi d'échanger.

« Il est essentiel que les hommes se sentent moins seuls. L'infertilité n'est pas une fatalité, et il ne faut pas avoir honte d'en parler », conclut le Dr Jouannet.

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