La Haute Autorité de santé (HAS) a rendu public ce lundi un avis dans lequel elle préconise de rendre obligatoire la vaccination annuelle contre la grippe pour tous les professionnels de santé. Cette recommandation s'adresse également aux autres professionnels travaillant dans les établissements de santé ou médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, en contact avec des personnes à risque de grippe sévère. La HAS précise que le déploiement prioritaire doit se faire en Ehpad et en unités de soins de longue durée (USLD).
Le « fardeau de la grippe » sur le système de santé
Pour justifier cette décision, la HAS souligne que le « fardeau de la grippe » a longtemps été sous-estimé avant les vagues de dépistage liées au Covid-19. Ce fardeau entraîne « de fortes tensions sur le système de soins au point de provoquer des mesures exceptionnelles (déprogrammations, plans blancs…) ». L'autorité ajoute les forts risques de transmission du virus à l'intérieur des établissements hospitaliers ou médico-sociaux accueillant des personnes vulnérables. Ce risque est d'autant plus important que le nombre de personnes vulnérables augmente dans ces établissements.
Chaque année, la grippe saisonnière provoque un nombre important d'hospitalisations et de décès chez les personnes âgées. Selon la HAS, en 2023-2024, elle a été à l'origine d'environ 53 000 hospitalisations, dont 26 500 chez les 65 ans et plus. En 2024-2025, elle a causé 92 000 hospitalisations et un excès de mortalité d'environ 17 000 décès. Au total, neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus, principalement celles de 75 ans et plus.
Des établissements accueillant des personnes vulnérables en priorité
La HAS a envisagé de proposer une obligation vaccinale antigrippale annuelle pour les personnes âgées de 65 ans et plus résidant en collectivité. Cette solution n'a pas été retenue en raison du taux de couverture vaccinale déjà constaté dans le pays (82 %), supérieur au seuil recommandé par l'OMS. Ainsi, l'obligation vaccinale pour les soignants doit être déployée en priorité « dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée (USLD) » en raison de la « vulnérabilité particulière » des personnes hébergées, dont les trois quarts ont 75 ans et plus, et en contacts « étroits, répétés et prolongés avec les soignants ».
Dans les autres lieux concernés (établissements de santé, autres établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, structures d'exercice libéral), la HAS recommande un « déploiement progressif sur une période de deux ans renouvelables un an, dans un cadre concerté », afin de garantir « l'acceptabilité de la mesure ».
Un décret qui pourrait faire grincer des dents les professionnels de santé
Pour mettre en place une telle obligation, il faudrait passer par un décret en Conseil d'État précisant les modalités et les personnels concernés. Au niveau législatif, la dernière loi de financement de la Sécurité sociale, votée en décembre, prévoit une obligation vaccinale pour les soignants libéraux, sous réserve d'un avis de la HAS allant dans ce sens. La vaccination anti-Covid exigée des soignants sous peine de suspension pendant la pandémie de Covid-19, de l'automne 2021 au printemps 2023, avait créé de vives tensions. La vaccination antigrippale avait été rendue obligatoire pour les soignants en 2006, y compris à l'hôpital et en Ehpad, mais suspendue dans la foulée par décret, notamment en raison de « l'absence de surrisque démontré chez les soignants », rappelle la HAS.



