Hantavirus : pourquoi aucun vaccin n'est encore disponible malgré des avancées prometteuses
Hantavirus : pourquoi aucun vaccin n'est encore homologué

Un virus connu mais pas de vaccin

Hantavirus… Ce nom est désormais sur toutes les lèvres. Pourtant, la souche Andes, responsable de l’épidémie à bord du MV Hondius, n’a rien d’une inconnue. Son génome tripartite (S, M, L) est décrypté, son action sur les cellules endothéliales bien comprise, et des épitopes vaccinaux (capables de stimuler la production d’anticorps) ont même été identifiés. Seulement voilà, ces progrès butent sur une réalité : celle des arbitrages financiers. Le MV Hondius aura-t-il suffi à faire bouger les lignes ?

Des plateformes vaccinales prometteuses mais bloquées

Selon Le New York Times, plusieurs équipes scientifiques internationales travaillent depuis des années sur des plateformes vaccinales à ADN, à ARN ou par anticorps monoclonaux capables de neutraliser les hantavirus du Nouveau Monde. Les résultats obtenus en laboratoire sont jugés prometteurs. Pourtant, aucun produit n’est aujourd’hui homologué contre le virus des Andes. Pourquoi ?

Constituer un « arsenal thérapeutique complet »

À l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la situation est sous haute surveillance. Sylvie Briand, directrice du département Préparation mondiale aux risques infectieux, souligne une priorité : plutôt que de se précipiter vers une vaccination de masse, il s’agit d’abord de constituer un « arsenal thérapeutique complet ». « Pour lutter contre les épidémies, il nous faut une boîte à outils diversifiée : vaccins, traitements et diagnostics », explique-t-elle. La spécialiste, qui supervise à l’OMS les stratégies de réponse aux crises sanitaires, rappelle par ailleurs que les hantavirus conservent une contagiosité limitée : « Avec les mesures préventives actuelles, nous pouvons briser la chaîne de transmission et éviter de nouveaux cas. »

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Des vaccins prêts à être accélérés

Les outils existent. Les connaissances aussi. Mais sans financements, même les avancées les plus prometteuses restent à l’arrêt. Selon Le New York Times, le virologue Jay Hooper, chercheur au sein de l’United States Army Medical Research Institute of Infectious Diseases, développe depuis plusieurs années un vaccin à ADN contre le virus des Andes. Lors d’un essai clinique de phase 1, certains protocoles ont permis à plus de 80 % des participants de produire des anticorps neutralisants. Le chercheur qualifie ces résultats de « fantastiques ». Mais le candidat-vaccin nécessite encore plusieurs injections et demeure bloqué faute de relais industriels.

Pour Sylvie Briand, l’expérience du Covid a toutefois profondément changé la donne scientifique. « Depuis le Covid, nous avons encouragé les chercheurs du monde entier à travailler sur des familles de virus, de façon à pouvoir adapter rapidement des vaccins existants à d’autres virus de la même famille. » Cette mutation méthodologique constitue l’un des héritages majeurs de la pandémie : ne plus concevoir un vaccin pour un virus unique, mais bâtir des plateformes adaptables. La responsable de l’OMS rappelle d’ailleurs que certains vaccins contre des hantavirus circulent déjà en Asie : « Mais nous ne savons pas s’ils sont efficaces sur ce virus. Depuis le Covid, il y a aussi de nouvelles technologies et donc il faut voir si cela pourrait être applicable. » Pour l’heure, précise-t-elle, « les études se font en laboratoire ».

Un « outil préventif »

La crise sanitaire mondiale de 2020 a accéléré la maturation des technologies à ARN messager. Et c’est précisément ce qui nourrit désormais l’espoir d’une mise au point beaucoup plus rapide de vaccins contre des virus rares. Mais Sylvie Briand tempère immédiatement tout emballement. « Un vaccin est un outil préventif que l’on administre à des gens non malades. » Elle rappelle qu’une campagne vaccinale n’a de sens que lorsqu’un virus circule massivement : « Dans le cas présent, le virus n’est pas largement diffusé dans la population. » Et surtout : « Le risque d’avoir une transmission interhumaine soutenue est faible. » Autrement dit, scientifiquement, le développement vaccinal devient possible plus rapidement qu’auparavant ; mais politiquement et économiquement, rien ne garantit encore qu’il deviendra prioritaire.

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Le véritable obstacle : l’absence de marché

Sylvie Briand ne se voile pas la face : la lutte contre les hantavirus se heurte à une équation économique sans pitié. « Quand on parle de virus émergents, deux réalités s’imposent, confie-t-elle. La première, c’est le paradoxe du faible nombre de cas : sans patients, impossible de tester les traitements. La seconde, plus amère encore, c’est l’absence de marché. Pourquoi un laboratoire investirait-il dans un produit sans retour sur investissement ? » Une sentence qui incarne l’enjeu principal. Les hantavirus tuent peu à l’échelle mondiale. Ils ne représentent donc ni une urgence commerciale ni un marché pharmaceutique rentable. La scientifique poursuit : « Dans beaucoup de pays, les budgets pour la recherche ont diminué et la priorité est rarement mise sur des maladies rares. Pourtant, avec l’expérience du Covid, on voit qu’il est important d’investir durant les phases de calme pour avoir des produits disponibles lorsque la crise arrive. » Une forme de leçon géopolitique tirée des années pandémiques : attendre l’explosion d’une crise avant d’investir coûte infiniment plus cher.

Les pistes les plus crédibles à court terme

Les traitements expérimentaux progressent, eux, plus rapidement. L’OMS examine actuellement plusieurs antiviraux déjà utilisés contre d’autres maladies. « Il y a quelques antiviraux, dont le favipiravir, utilisés pour d’autres maladies comme la grippe, et que l’on pourrait tester pour les hantavirus », explique Sylvie Briand. Le Favipiravir, utilisé au Japon contre certaines formes de grippe, intéresse particulièrement les chercheurs car il appartient à la catégorie des antiviraux dits « à large spectre ». « Certains antiviraux peuvent avoir un effet sur différentes familles de virus », souligne-t-elle. Selon Le New York Times, plusieurs laboratoires américains ont également obtenu des résultats encourageants avec des anticorps monoclonaux isolés chez des survivants du virus. À l’Albert Einstein College of Medicine, le virologue Kartik Chandran affirme avoir identifié des anticorps capables d’agir contre des hantavirus du Vieux Monde comme du Nouveau Monde. D’autres équipes travaillent sur des traitements issus du plasma de convalescents, une stratégie déjà utilisée durant certaines phases du Covid-19.

« L’équité et la solidarité sont notre meilleure sécurité »

Pour éviter une dispersion des recherches, l’OMS tente désormais d’harmoniser les protocoles internationaux. « La riposte actuelle demande une coordination entre différents pays pour les protocoles de test », insiste Sylvie Briand. Car le faible nombre de patients impose une mutualisation mondiale des données : « Si nous n’appliquons pas les mêmes protocoles, nous ne pourrons pas comparer les résultats. » L’OMS a ainsi activé ses réseaux de recherche spécialisés sur les familles virales émergentes. Une réunion internationale d’experts devait précisément être consacrée aux contre-mesures thérapeutiques ce jeudi 14 mai. « Nous avons mis en place à l’OMS des réseaux de chercheurs sur différentes familles de virus, dont les hantavirus », déclare Sylvie Briand. Reste une interrogation : cette flambée médiatique provoquera-t-elle enfin un véritable basculement financier ? Sylvie Briand demeure prudente. « Il y a pour l’instant trois décès et un intérêt médiatique majeur, mais je ne suis pas sûre que cela change la donne en termes d’investissement de recherche. » Pour elle, « la recherche prend du temps et demande des investissements soutenus pour aboutir à des résultats probants. » Enfin, la scientifique tire une leçon plus large : « L’équité et la solidarité sont notre meilleure sécurité. » Avant de rappeler que les futures pandémies se joueront aussi sur la capacité des États à partager rapidement traitements, données et vaccins.