Vingt ans après son premier vol commercial en avril 2005, l'Airbus A380, le plus grand avion de ligne du monde, fait face à de nouvelles turbulences. L'Agence européenne de la sécurité aérienne (EASA) a ordonné l'inspection de 16 appareils, dont cinq de manière urgente, après la découverte de fissures dans la structure des ailes. Ces défauts, situés au niveau des longerons intermédiaires (wing mid spars), pourraient compromettre l'intégrité structurelle de l'appareil s'ils ne sont pas détectés et corrigés.
Des inspections urgentes pour 16 A380
Le constructeur aéronautique Airbus a indiqué mardi que 15 des appareils concernés sont exploités par la compagnie Emirates et un par la compagnie australienne Qantas. L'EASA exige que cinq de ces avions soient inspectés immédiatement avant leur prochain vol, tandis que les autres disposent d'un délai limité exprimé en cycles de vol. Les autorités insistent sur le fait que les appareils restent sûrs lorsqu'ils respectent les procédures d'inspection et de réparation.
Ces fissures dans les longerons intermédiaires, des éléments clés de la structure interne de l'aile qui supportent les charges en flexion et en torsion, rappellent un problème technique déjà identifié il y a plus de dix ans. Selon Airjournal, les premières alertes remontent à 2011-2012, lorsque des inspections avaient révélé des fissures sur des pièces métalliques appelées wing rib feet, reliant les nervures internes de l'aile à son revêtement extérieur.
Un problème récurrent depuis 2012
En janvier puis février 2012, l'EASA avait ordonné des inspections progressives de la flotte mondiale d'A380 après la découverte de ces défauts, suite à l'incident moteur sur un A380 de Qantas en novembre 2010. Les contrôles avaient été étendus à l'ensemble des appareils en service à l'époque. Depuis, plusieurs campagnes d'inspection et de modification structurelle ont été menées, coûtant cher : selon Der Spiegel, les travaux de réparation et de contrôle ont été évalués à au moins un million d'euros par appareil, soit un coût total de 100 millions d'euros.
Airbus et les autorités de certification avaient expliqué que les fissures apparaissaient autour de certains trous de fixation soumis à des contraintes mécaniques répétées. Le constructeur a modifié les procédés de fabrication et certains matériaux sur les appareils ultérieurs, précisant que ces défauts ne compromettaient pas immédiatement la sécurité des vols, mais nécessitaient des réparations et renforcements structurels.
Quelles conséquences pour les passagers ?
Pour l'heure, aucune autorité n'a ordonné l'immobilisation générale de la flotte d'A380. Les régulateurs soulignent que les défauts ont été découverts grâce aux programmes de surveillance structurelle mis en place. Emirates, premier client de l'A380, a indiqué qu'elle « se conformera à la directive de navigabilité et effectuera les inspections requises », débutant dans les 48 heures, avec tous les travaux nécessaires réalisés avant la remise en service des appareils.
L'A380 n'est plus produit depuis 2021, mais près de 200 exemplaires restent exploités dans le monde, principalement par Emirates. La compagnie de Dubaï avait déjà signalé des fissures dans certaines zones de longerons sur des appareils plus anciens, notamment parmi ceux stockés puis remis en service après la pandémie de Covid-19, au point qu'Airbus avait dépêché jusqu'à 60 ingénieurs sur place pour accompagner les opérations d'inspection et de remise à niveau structurelle.
Un enjeu pour le marché du long-courrier
Cette nouvelle surveillance renforcée pourrait avoir des conséquences opérationnelles d'autant plus sensibles que le marché du long-courrier connaît une belle reprise des vols commerciaux depuis la sortie de la crise sanitaire. Plusieurs opérateurs, de Lufthansa à Etihad en passant par British Airways, réactivent des A380 initialement promis à la retraite. Les inspections concernent seulement une partie de la flotte et ne remettent pas en cause, à ce stade, l'exploitation générale de l'appareil. Pour les experts du secteur, l'enjeu est désormais de déterminer si les fissures découvertes en 2026 relèvent d'un phénomène comparable à celui observé en 2012 ou s'il s'agit d'un problème distinct lié au vieillissement de certaines cellules.



