Dix mois après l'entrée en vigueur de la réforme du 100 % santé pour les fauteuils roulants, le 1er décembre 2025, les professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme. Sébastien Brun, président du syndicat des pharmaciens de l'Hérault (FSP34), dénonce dans une lettre ouverte adressée le 3 septembre au président de la République et à la ministre de la Santé des dysfonctionnements persistants. Selon lui, des patients sont contraints d'avancer des sommes importantes, et certains renoncent même aux soins.
Une promesse de simplification mise à mal
La réforme devait garantir une prise en charge intégrale des fauteuils roulants, qu'ils soient loués ou achetés, avec un guichet unique : l'Assurance maladie. Le gouvernement annonçait alors vouloir en finir avec "des restes à charge très élevés". Les chiffres officiels évoquent 150 000 personnes acquérant ce matériel chaque année, 500 000 optant pour une location, et 1,1 million de personnes ayant besoin d'un fauteuil au quotidien, que ce soit ponctuellement après un accident de la vie ou à long terme en cas de polyhandicap.
Mais dix mois plus tard, le constat est amer. "La promesse n'est pas tenue", s'inquiète Sébastien Brun, pharmacien installé à Baillargues. Depuis l'envoi de sa lettre, "rien de nouveau", constate-t-il. Il évoque des "procédures complexes, interprétations divergentes, retards de traitement, insécurité administrative". Pire, il fait état d'une "situation particulièrement difficile à accepter", avec "des patients qui peuvent aujourd'hui être contraints d'avancer des sommes importantes alors qu'ils n'avaient pas à le faire avant la réforme".
Des patients confrontés à des avances de frais
Deux Héraultaises témoignent de ces difficultés. Ghislaine Belot, 67 ans, épuisée par des problèmes de santé à répétition, n'a pas eu la force de s'engager dans les démarches administratives après une chute qui l'a contrainte à un fauteuil roulant il y a quelques semaines. "Je n'ai pas envoyé les papiers, je n'en ai plus la force, j'ai payé", confie-t-elle.
Une autre patiente, qui s'est fracturé la malléole après une chute de cheval fin 2025, a dû batailler pour se faire rembourser intégralement un fauteuil loué six semaines. "Au départ, le médecin n'était pas au courant, il a fallu refaire les documents. Puis, chaque semaine, j'ai dû faire une avance de frais. La mutuelle ne couvrait pas la totalité des frais et n'avait pas l'intention de le faire. J'ai dû la relancer, donner les références, j'y suis finalement arrivée !", détaille la jeune femme, qui est restée six semaines sans pouvoir poser le pied.
Des procédures jugées démentielles
Sébastien Brun pointe du doigt la lourdeur administrative : "Le médecin doit remplir un dossier de 16 pages, 8 d'évaluation et 8 de préconisations. C'est démentiel !" Un oubli, une imprécision, et le 100 % santé pour le fauteuil roulant est grippé. S'ajoutent à cela des bugs informatiques qui paralysent la transmission du dossier : "On ne peut pas transmettre un dossier qui pèse plus de 40 mégas. C'est l'équivalent de trois pages…"
Les sommes avancées peuvent sembler modestes, jusqu'à une centaine d'euros par mois, indique Sébastien Brun. Mais cette somme suffit parfois à bloquer l'accès à l'équipement. Le syndicat des pharmaciens de l'Hérault fait part d'un "écart grandissant entre la promesse politique et le quotidien des patients". "Chaque jour, dans les officines, les pharmaciens voient des personnes en situation de handicap confrontées à des procédures administratives complexes, à des délais incompréhensibles et, dans certains cas, à des avances de frais qui n'existaient pas avant la réforme", détaille le communiqué.
Le gouvernement promet des améliorations
De son côté, la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées, Camille Galliard-Minier, a déclaré à l'issue du comité de suivi du 15 avril 2026 : "Nous poursuivons le travail engagé avec les associations, les professionnels et l'ensemble des acteurs concernés pour répondre rapidement aux freins identifiés sur le terrain."
Mais Sébastien Brun reste sceptique : "On a tiré la sonnette d'alarme à plusieurs reprises auprès du comité de suivi de la réforme. Les choses se sont arrangées au printemps avec la Sécurité sociale, et on nous dit que tout devrait être parfaitement fluide en octobre prochain. Aujourd'hui, ça reste compliqué pour les personnes qui ont un accident de vie. C'est grave parce que ce sont nos patients, et c'est grave parce que ces problèmes administratifs vont à l'encontre des promesses qui ont été faites."
Le syndicat appelle le gouvernement à "ouvrir une véritable phase d'évaluation avec les professionnels de terrain". "Une réforme peut être ambitieuse sur le papier. Elle doit surtout fonctionner dans la vraie vie", conclut la FSP 34. Dans la perspective du premier anniversaire de la réforme en décembre, la FSPF souhaite que cette date ne soit pas celle d'un bilan de communication, mais celle d'une remise à plat constructive permettant de rendre cette réforme pleinement opérationnelle.



