Alors qu'une semaine de sensibilisation aux troubles des conduites alimentaires (TCA) se tient jusqu'au 7 juin, avec une journée mondiale ce mardi 2 juin, le Dr Stéphanie Legras, pédopsychiatre au CHU de Montpellier et coordinatrice de la plateforme TCA Occitanie-Est, dresse un constat alarmant : les TCA explosent chez les jeunes depuis la pandémie de Covid-19. Elle a coécrit le livre J'accompagne mon enfant face aux troubles alimentaires avec Solange Cook Darzens.
Les TCA, bien plus que l'anorexie et la boulimie
Le grand public associe souvent les TCA à l'anorexie et à la boulimie, mais le spectre est bien plus large. L'hyperphagie-boulimique fait l'objet d'une sensibilisation particulière cette année. Il existe également de nombreux TCA non spécifiques, avec des catégories intermédiaires, mais toujours une souffrance intense autour de l'alimentation et de l'image corporelle.
Hyperphagie-boulimique : une différence clé
Le Dr Legras explique la différence entre boulimie et hyperphagie-boulimique. Dans la boulimie, des pratiques compensatoires (vomissements, laxatifs, hyperactivité, périodes d'anorexie) maintiennent un poids normal. Dans l'hyperphagie-boulimique, ces conduites sont absentes, ce qui peut entraîner un surpoids ou une obésité. Cependant, toute personne obèse n'est pas atteinte d'un TCA : il faut une souffrance envahissante dans le rapport au corps.
Un million de Français touchés, mais sous-diagnostiqués
Les chiffres officiels évoquent un million de personnes atteintes en France, mais le Dr Legras estime que ces pathologies restent sous-diagnostiquées. Ce sous-diagnostic complique la prise en charge. Pour améliorer la situation, elle insiste sur le rôle clé du médecin traitant, qui doit suivre l'évolution du poids et les attentes des patients. La prise en charge spécialisée doit être coordonnée entre soins somatiques et psychiques.
La prévention, un enjeu majeur
Les adolescents consultent peu, et la suppression du certificat médical obligatoire pour l'activité physique prive d'un outil de prévention. Idéalement, un adolescent devrait consulter un médecin au moins une fois par an, ce qui permet de vérifier son état physique et psychique. À l'adolescence, les parents peuvent encore jouer un rôle, contrairement aux jeunes adultes.
Des plateformes régionales pour orienter
Les unités spécialisées restent accessibles grâce à l'organisation mise en place sous l'égide des ARS, avec des plateformes régionales comme Montpellier-Toulouse, qui couvrent enfants et adultes. Un annuaire des professionnels (médecins, diététiciens, psychologues) spécialisés dans les TCA va bientôt être publié.
La composante émotionnelle, fondamentale
La dimension émotionnelle est centrale dans les TCA. Le Dr Legras précise que chez les enfants, les troubles du comportement alimentaire comme le fait d'être petit mangeur n'ont pas toujours cette composante. Le rapport pathologique à la nourriture se caractérise par une préoccupation envahissante qui impacte le moral, l'anxiété, le quotidien et les relations.
Des troubles complexes, à ne pas étiqueter trop vite
Si l'anorexie mentale est associée au contrôle et l'hyperphagie-boulimique à une protection par l'enveloppe corporelle, le Dr Legras met en garde contre les généralisations. Les TCA sont des troubles complexes, différents d'un cas à l'autre. Dans l'anorexie, le sous-poids entretient la maladie ; dans l'hyperphagie, les facteurs peuvent être multiples : impulsivité, anxiété, traumatisme.
Une explosion post-Covid chez les jeunes
Le Dr Legras confirme une hausse massive des TCA depuis la pandémie, avec des enfants plus fragiles. Elle souligne l'importance de soutenir les familles : plus elles sont outillées, mieux elles font face. Une vulnérabilité génétique existe dans l'anorexie, mais avec une prise en charge précoce, la majorité des patients guérissent en plusieurs mois.



