Kenya : les internats au bord de l'implosion après des incendies
Kenya : internats au bord de l'implosion

Le Kenya est confronté à une vague d'incendies criminels dans ses internats scolaires, symptôme d'un système éducatif en crise profonde. Selon le ministère de l'Éducation, plus de 30 incendies ont été recensés depuis le début de l'année 2026, touchant des établissements dans au moins 15 comtés. Ces actes, souvent perpétrés par les élèves eux-mêmes, sont décrits comme un moyen désespéré de protester contre des conditions de vie jugées intolérables.

Des conditions de vie dénoncées par les élèves

Les témoignages d'élèves et d'anciens internes font état de dortoirs surpeuplés, de nourriture insuffisante et de mauvaise qualité, ainsi que de punitions corporelles fréquentes. Un élève d'un lycée de la région de la vallée du Rift, cité par le quotidien Nation, affirme : « Mettre le feu, c'est le moyen le plus rapide d'être renvoyé chez soi. » Cette phrase choc, reprise par les médias, illustre le désespoir d'une jeunesse qui voit dans l'incendie une échappatoire à un quotidien marqué par la privation et la violence.

Les autorités reconnaissent partiellement ces problèmes. Le secrétaire principal à l'Éducation, Belio Kipsang, a admis que « les infrastructures sont vieillissantes et que la surpopulation dans les internats est un défi majeur ». Il a cependant condamné fermement les actes de vandalisme, rappelant qu'ils mettent en danger la vie des élèves et du personnel.

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Un phénomène qui s'accélère

Si les incendies dans les écoles ne sont pas nouveaux au Kenya, leur fréquence a augmenté de manière spectaculaire ces derniers mois. Selon les statistiques officielles, on comptait en moyenne 15 incendies par an entre 2020 et 2024. En 2026, ce chiffre a déjà été doublé, avec 32 incendies recensés à la fin du mois de juillet. Les régions les plus touchées sont la vallée du Rift, l'est du pays et la région côtière, où se concentrent les grands internats publics.

Les autorités ont mis en place une cellule de crise et promis des enquêtes approfondies. Mais les syndicats d'enseignants et les associations de parents d'élèves estiment que ces mesures sont insuffisantes. Ils réclament une refonte en profondeur du système des internats, qui concerne près de 2,5 millions d'élèves, soit environ 40 % des effectifs du secondaire.

Des causes structurelles multiples

Les experts pointent du doigt plusieurs facteurs. D'abord, la faiblesse des financements publics : le budget alloué à l'éducation représente à peine 5 % du PIB, loin des recommandations internationales de 6 %. Ensuite, la privatisation croissante de l'éducation, qui a conduit à une prolifération d'internats privés aux normes de sécurité douteuses. Enfin, la persistance de pratiques disciplinaires violentes, héritées de la période coloniale, qui alimentent un climat de peur et de ressentiment.

Une étude récente de l'UNICEF souligne que 60 % des élèves kényans ont déjà été témoins ou victimes de violences physiques à l'école. Ce chiffre alarmant contraste avec les discours officiels vantant les progrès du système éducatif, qui a pourtant atteint un taux de scolarisation de 98 % dans le primaire.

Le gouvernement promet des réformes

Face à l'urgence, le président William Ruto a annoncé un plan d'urgence de 10 milliards de shillings (environ 70 millions d'euros) pour rénover les dortoirs et améliorer la sécurité dans les internats. Il a également promis de renforcer la formation des enseignants à la gestion des conflits et d'instaurer un numéro vert pour recueillir les plaintes des élèves.

Mais ces annonces sont accueillies avec scepticisme. Pour beaucoup, elles ne s'attaquent pas aux racines du mal : la pauvreté, les inégalités régionales et le manque de perspectives pour les jeunes. Comme le résume un enseignant de Nairobi, sous couvert d'anonymat : « Les élèves ne mettent pas le feu par plaisir, mais parce qu'ils n'ont rien à perdre. Si on ne change pas les choses en profondeur, ces incendies ne seront que le début. »

En attendant, des centaines d'élèves ont été renvoyés chez eux après les incendies, perturbant leur année scolaire. Les examens nationaux, prévus en novembre, pourraient être compromis pour certains. Le gouvernement assure que des mesures de rattrapage seront mises en place, mais le temps presse.

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Cette crise met en lumière un paradoxe : alors que le Kenya se veut un modèle de développement en Afrique de l'Est, son système éducatif, censé être le moteur de l'ascension sociale, est devenu un lieu de souffrance pour des milliers de jeunes. La communauté internationale, notamment les bailleurs de fonds comme la Banque mondiale, suit de près la situation et conditionne de nouvelles aides à des réformes concrètes.

L'avenir dira si les promesses du gouvernement se concrétiseront. Mais pour l'heure, le constat est sans appel : les internats kényans sont au bord de l'implosion, et les incendies n'en sont que le symptôme le plus visible.