Donald Trump a-t-il, une fois de plus, crié victoire trop vite ? Jeudi dernier, le président américain s'est félicité d'avoir « conclu un accord HISTORIQUE pour le DESARMEMENT COMPLET du Hamas et de tous les autres groupes armés à Gaza ». Une annonce présentée comme une « étape monumentale » vers la paix, confirmée par le groupe armé palestinien lui-même. Mais cet accord ne peut être mis en œuvre sans l'aval d'Israël, qui occupe la bande de Gaza et y mène des bombardements. Or, le gouvernement israélien a déjà exprimé ses « inquiétudes », estimant que « la version rendue publique ne reflète pas la position d'Israël ».
Un basculement inédit
Pour la première fois, le Hamas, dirigé par un nouveau chef jugé plus « pragmatique », adopte publiquement une position favorable à son désarmement. Selon Hugh Lovatt, chargé de mission au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), cette décision représente « sa seule carte aujourd'hui » dans les négociations et un « basculement stratégique inédit » pour le groupe armé.
Ce pas en avant serait une occasion à saisir, insiste le chercheur : « Il faut le tester et le pousser dans cette direction. » Une occasion qui pourrait ne pas se reproduire. Si le processus diplomatique échoue, « le discours risque à nouveau de changer et la branche la plus dure pourrait reprendre le dessus », prévient Hugh Lovatt. Cependant, pour Ronald Hatto, professeur à Sciences Po Paris et rattaché au Centre de recherches internationales (Ceri), le caractère inédit de cette position « permet de douter de la sincérité du Hamas ».
Le risque d'un nouveau 7-Octobre écarté
Le porte-parole du Premier ministre israélien a évoqué le risque d'un nouveau 7-Octobre pour justifier le refus du plan. Mais Hugh Lovatt balaie cet argument : « C'est totalement une excuse. Même sans le désarmement du Hamas, le groupe n'est pas en position de réitérer une attaque d'une telle ampleur. » En 2023, le Hamas avait réussi à prendre les autorités israéliennes par surprise, mais une telle opération ne peut se répéter, assure-t-il.
Ronald Hatto nuance toutefois : « Cela reste un risque existentiel pour Israël », car « la volonté de revanche sera encore plus forte qu'avant » à Gaza, après « le niveau de destruction infligé aux Palestiniens par Israël après le 7-Octobre ».
Des intérêts contradictoires
L'accord ne peut être mis en place sans Israël. Hugh Lovatt est catégorique : « Il est déjà mort », rappelant que le gouvernement israélien ne respecte déjà pas ses obligations pour la première phase du cessez-le-feu, notamment l'entrée d'une aide humanitaire conséquente et la fin des bombardements. Selon une source sécuritaire à Gaza, 19 personnes ont été tuées depuis dimanche dans « plus de dix frappes aériennes menées par des avions de guerre israéliens », ainsi que des dizaines de blessés. Depuis octobre 2025, au moins 1 214 Palestiniens, dont de nombreux civils, ont été tués, rapporte Le Monde.
La balle est dans le camp de Tel-Aviv. Contrairement à Donald Trump, Benyamin Netanyahou n'a pas intérêt à accepter un accord de paix avec le Hamas et à se retirer de la bande de Gaza, occupée à 70 % par son armée. D'une part, le contexte régional est tendu : « le timing est très mauvais », remarque Ronald Hatto, entre le Liban, l'Iran et la Cisjordanie. D'autre part, les élections législatives prévues en octobre poussent le Premier ministre à « adopter une ligne hyper dure et très agressive », explique Hugh Lovatt.
Un équilibre impossible pour Netanyahou
Pour les électeurs israéliens, l'argument sécuritaire pèse lourd. Au sein même du gouvernement, il existe « une vision maximaliste soutenant l'idée de dépeupler Gaza d'une façon ou d'une autre », souligne Hugh Lovatt. Ronald Hatto insiste : « Le gouvernement israélien va probablement chercher à maintenir une présence militaire dans la bande de Gaza. »
Le chef du gouvernement israélien se trouve donc pris entre deux feux. Refuser l'accord pourrait mécontenter son allié américain, dont il a besoin pour les élections. Mais accepter des concessions sur Gaza est impensable. « Une équation quasiment impossible », juge Hugh Lovatt.



