Dans une tribune au Point, Abnousse Shalmani dénonce l'impasse du débat sur l'aide à mourir en France. Selon elle, les discussions actuelles se focalisent sur des questions procédurales sans affronter le cœur du problème : le refus de la souffrance et l'absence d'un véritable accompagnement des malades en fin de vie.
Les limites du débat actuel
Shalmani estime que les partisans et opposants à l'euthanasie s'enferment dans des positions stériles. Les premiers mettent en avant la liberté individuelle et la dignité, tandis que les seconds invoquent le risque de dérive et le principe du respect de la vie. Mais pour elle, ce face-à-face évite la question centrale : pourquoi la société moderne ne parvient-elle pas à offrir un accompagnement humain et spirituel à ceux qui souffrent ?
L'éditorialiste rappelle que la loi Claeys-Leonetti de 2016 permet déjà une sédation profonde et continue en phase terminale. Cependant, son application reste limitée, faute de moyens et de formation. Shalmani souligne que le débat sur l'euthanasie masque souvent le manque criant de soins palliatifs en France, où de nombreux patients n'ont pas accès à des structures adaptées.
La question du sens de la vie
Au-delà des aspects médicaux, Abnousse Shalmani interroge le rapport contemporain à la mort. Elle affirme que notre société, marquée par la performance et le déni de la finitude, peine à penser la souffrance comme une expérience humaine. La demande d'euthanasie révèle selon elle un malaise plus profond : l'incapacité à donner un sens à la souffrance et à accompagner les mourants avec humanité.
Shalmani critique également l'absence de débat sur l'euthanasie dans les cas de souffrance psychique ou de dépendance liée à l'âge. Elle estime que la question dépasse le cadre des maladies terminales et touche à la place des personnes âgées et vulnérables dans notre société.
Vers une autre approche
Pour sortir de l'impasse, l'éditorialiste appelle à un débat élargi qui intègre les dimensions éthiques, sociales et spirituelles. Plutôt que de se polariser sur le oui ou non à l'euthanasie, elle suggère de renforcer les soins palliatifs, de former davantage de professionnels et de favoriser une culture de l'accompagnement. Selon elle, seule une approche globale permettra de répondre dignement à la demande d'aide à mourir.
Abnousse Shalmani conclut en invitant les citoyens et les politiques à ne pas éluder les vraies questions : comment vivre pleinement jusqu'à la fin, comment accepter notre vulnérabilité partagée, et comment construire une société qui ne laisse personne seul face à la souffrance. Un débat qui, selon elle, engage notre humanité commune.



