À partir du 15 décembre, les implants sous-cutanés Zoladex (goséréline), utilisés dans le traitement des cancers hormonodépendants du sein et de la prostate, ne seront plus remboursés par la Sécurité sociale. Cette décision, demandée par le laboratoire AstraZeneca, suscite l'inquiétude des patients et des professionnels de santé. Jusqu'au 14 décembre, les deux présentations du médicament restent prises en charge à 100 %, aux prix réglementés de 86,03 euros pour le 3,6 mg et 256,66 euros pour le 10,8 mg. Dès le lendemain, le produit restera disponible en pharmacie, mais l'intégralité de la somme sera à la charge des patients.
Une décision motivée par des raisons économiques
Selon le site spécialisé Vidal, la demande de radiation émane directement du laboratoire AstraZeneca. Le géant pharmaceutique justifie ce retrait par des motifs purement économiques, évoquant « un marché français qui ne s'adapte pas assez pour rester compétitif et attractif ». Le laboratoire estime que le prix actuel de son produit « ne permet plus d'assurer sa mise à disposition pérenne dans le cadre du remboursement ».
Cette décision ne repose sur aucun argument médical, ce qui la rend d'autant plus difficile à comprendre pour les patients. Jasmine, 29 ans, atteinte d'un cancer du sein diagnostiqué il y a deux ans et traitée par une injection mensuelle de Zoladex associée à du Letrozole pour éviter une récidive, témoigne : « On arrive à Octobre rose. On va voir des vidéos de sensibilisation de l'État, des stands de partout, tout le monde va se mettre en rose, la tour Eiffel sera en rose, c'est bien beau. Mais derrière, on dérembourse un traitement contre le cancer du sein… »
Des professionnels de santé préoccupés
Du côté des professionnels du médicament, l'annonce suscite une vive préoccupation. Laura Cerminara, pharmacienne responsable de l'exercice professionnel pour l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo), souligne : « Pour l'Uspo, cette décision est préoccupante sur les plans politique, scientifique et de santé publique, car elle concerne un médicament qui conserve sa pertinence dans la prise en charge de patients atteints de cancers. »
L'Uspo rappelle toutefois que cette situation ne traduit pas une politique générale de déremboursement décidée par les autorités politiques, mais un choix de l'industriel. « Si cette décision répond principalement à une stratégie économique ou commerciale du laboratoire, il faut pouvoir en mesurer les conséquences pour les patients et pour notre système de santé. La priorité doit rester la continuité et l'accès aux traitements », insiste la représentante des pharmaciens.
Des alternatives pas toujours adaptées
Officiellement, des alternatives restent commercialisées et remboursées par la Sécurité sociale, à l'image de l'Enantone ou du Décapeptyl. Mais pour les patients habitués au Zoladex, ces alternatives ne sont pas forcément bienvenues. Jasmine, qui a appris la fin du remboursement de son traitement sur Instagram, déplore le manque d'accompagnement : sa radiothérapeute lui a simplement envoyé une nouvelle ordonnance pour de l'Enantone, « sans la moindre explication, sans appeler pour discuter ».
La jeune femme énumère les problèmes posés par ces alternatives : « L'Enantone est très mal supportée, le Décapeptyl est parfois moins dosé, ce qui laisse un risque de récidive plus grand. Sans compter que l'aiguille de l'Enantone est intramusculaire, il faut s'injecter en sous-cutané : la douleur est affreuse et cela impose presque systématiquement le passage d'une infirmière à domicile. Quand on nous dit “ne vous inquiétez pas, il y a des alternatives”, non, ces alternatives ne sont pas viables pour tout le monde. »
Une précarité accrue pour les malades
Ce déremboursement sonne comme un coup de grâce pour les finances de Jasmine. Après une chirurgie en juillet 2024, une préservation d'ovocytes en août, plus de six mois de chimiothérapie lourde et 32 séances de radiothérapie, elle a dû stopper son activité professionnelle pendant un an et demi. Alors qu'elle a repris le travail à temps partiel en septembre 2025, elle ne perçoit plus d'indemnités journalières complémentaires depuis juin. « Je me suis retrouvée avec un salaire qui me permet tout juste de payer mon loyer et l'électricité. Récemment, j'ai même dû renoncer à une mastectomie complète avec reconstruction immédiate chez un chirurgien privé qui devait me coûter 12.000 euros, faute de moyens. Et maintenant, on m'apprend que si je veux garder mon traitement actuel pour éviter une récidive, je vais devoir le payer de ma poche », confie-t-elle.
L'inconnue réside aussi dans le prix final du Zoladex après le 15 décembre. Si AstraZeneca a indiqué ne pas avoir l'intention d'augmenter son prix, les pharmacies pourront appliquer leur propre marge. « Le 15 décembre, je vais découvrir le montant sans avoir pu anticiper », s'insurge la jeune femme.
Une loi récente remise en question
Cette précarisation intervient quelques mois après le vote, en février, d'une loi visant à améliorer la prise en charge des soins liés au cancer du sein. « En six mois d'écart, on vous dit qu'on va vous aider à rembourser plus de choses et maintenant, je vais devoir payer mon traitement de base. Il s'est passé quoi entre-temps ? On ne parle pas d'un traitement de deux mois mais d'une hormonothérapie sur cinq à dix ans ! », s'indigne Jasmine.
« Quand on est touchée par un cancer, on paie déjà le prix fort dans la vie. Faire en plus payer un traitement, je trouve que c'est inhumain. Ça touche aujourd'hui le cancer mais demain, ce sera qui ? », s'interroge-t-elle. À l'heure de publier cet article, la Sécurité sociale n'avait pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes.