Une fracture de jambe après un accident de la route, un genou luxé suite à une chute sur un trampoline, une cheville foulée pendant un footing : les douleurs traumatiques peuvent être intenses. Pourtant, il est possible de les soulager immédiatement, dès l'arrivée du patient aux urgences, par l'infirmière de la zone de tri, sans avoir recours à une perfusion. Ce protocole permet au blessé d'attendre plus sereinement la consultation avec le médecin qui posera le diagnostic, comme l'explique le Dr Fabien Lemoel, urgentiste au CHU de Nice.
Un protocole d'antalgie accéléré
Le choix des médicaments pour traiter une douleur traumatique est réalisé par l'infirmière de tri selon une grille d'évaluation et un protocole précis. L'association de différents traitements permet de soulager très rapidement la douleur avec un premier médicament, en attendant qu'un autre, à l'action plus lente et plus durable, prenne le relais. « Pour une douleur traumatique avec suspicion de fracture de jambe par exemple, illustre le Dr Lemoel, il est possible de donner au patient dès son arrivée aux urgences un flacon de méthoxyflurane. Cet anesthésique agit très rapidement, en quelques minutes, et permet d'aller directement à la radio. On peut l'associer à un comprimé orodispersible (qui fond sous la langue) de morphine à libération immédiate. Celle-ci agissant plus lentement, elle fera son plein effet au bout de 30 à 45 minutes, après la réalisation de la radio, lorsque l'urgentiste devra faire le plâtre si la jambe est fracturée. »
Double bénéfice : patient et soignant
Ce protocole présente un double avantage. Pour le patient, il évite un acte douloureux supplémentaire. « Ne pas poser de perfusion, c'est éviter un acte douloureux à une personne qui souffre déjà », souligne le Dr Lemoel. Pour le personnel soignant, c'est un gain de temps : « Les solutions sont faciles et rapides à mettre en œuvre pour l'infirmière de tri. Le patient est soulagé sans acte invasif. Les radios sont réalisées ensuite de façon beaucoup plus confortable pour lui comme pour les manipulateurs qui s'en occupent. »
Alternatives à la perfusion : les techniques disponibles
Plusieurs méthodes permettent à l'infirmière de tri de soulager rapidement le blessé sans perfusion :
- La nébulisation : elle transforme un liquide en aérosol pour inhalation. Chez l'enfant, des protocoles d'analgésie par administration intranasale sont apparus dans les années 2000. « C'est un grand apport car ils sont très efficaces et permettent d'éviter la pose de perfusion, qui est souvent délicate, douloureuse et traumatisante pour eux », précise le Dr Lemoel.
- Les gaz inhalés : le dispositif, léger, peut être utilisé en autonomie par le patient pour soulager sa douleur.
- Les médicaments antalgiques orodispersibles : le paracétamol ou la morphine à libération immédiate sous cette forme agissent très rapidement, sans nécessiter d'eau.
Recommandations sur les médicaments
Les recommandations de 2024 pour la prise en charge des douleurs aux urgences indiquent que « les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (ibuprofène, aspirine…) ont une efficacité importante pour les douleurs traumatiques même sévères, mais il faut porter une attention particulière aux contre-indications chez les personnes âgées en particulier. »
Le Dr Lemoel rappelle qu'« il est recommandé de donner le moins souvent possible des opioïdes dits faibles comme le Tramadol et la codéine. » Les études des dix dernières années ont montré qu'ils sont moins bien tolérés que les opioïdes forts, ont une efficacité analgésique plus faible et variable, et ne produisent pas moins d'effets délétères d'accoutumance. Pour mémoire, la crise des opioïdes aux États-Unis a causé la mort d'environ 700 000 personnes en vingt-cinq ans.
La kétamine low dose (faible dose) est une alternative intéressante aux opioïdes. Elle peut s'administrer par voie intraveineuse, nébulisée ou intranasale. « À forte dose, ce produit sert à endormir les patients. Mais à dose dix fois moins importante, il a une efficacité analgésique. Et il présente moins de risques d'effets secondaires, respiratoires en particulier, que la morphine », conclut le Dr Lemoel.



