Cœur Carmat : à la fois bluffant et effrayant, selon le Dr Gaudard
Cœur Carmat : bluffant et effrayant selon un médecin

Le cœur artificiel Carmat en phase finale d'expérimentation

La société française Carmat développe le cœur artificiel considéré comme le plus avancé au monde. Ce dispositif vient d'entrer dans sa dernière phase d'expérimentation clinique, une étape cruciale avant une éventuelle commercialisation. L'étude Eficas, qui évalue l'efficacité et la sécurité de l'implant, a déjà permis 52 implantations dans dix centres en France, dont deux au CHU de Montpellier. Une prolongation de l'étude prévoit 21 nouvelles poses, offrant ainsi une chance supplémentaire à des patients en attente.

Philippe Gaudard : coordinateur de l'étude Eficas

Le professeur Philippe Gaudard, chef du service d'anesthésie et de réanimation cardio-thoracique et vasculaire du CHU de Montpellier, est le coordonnateur national de l'étude clinique Eficas. Il supervise l'évaluation du dispositif Carmat et a suivi de près les deux patients greffés à Montpellier, dont Patrick Rey, un Biterrois dont la vie a été sauvée par l'implant. Interrogé sur ces expériences, Gaudard reste prudent en attendant la publication des résultats, mais confie que cette expérience a tout son sens et que personne n'envisage d'abandonner le projet.

Des conditions strictes pour l'implantation

L'implantation d'un cœur Carmat n'est pas envisageable pour tous les patients. Elle nécessite une insuffisance cardiaque biventriculaire avancée et une compatibilité anatomique. Pour ceux qui ne peuvent pas recevoir l'implant, l'étude Eficas propose une cohorte de suivi avec d'autres stratégies, notamment l'assistance circulatoire et un accès prioritaire à la transplantation cardiaque. Gaudard précise que la transplantation reste le scénario idéal, mais que le Carmat offre une alternative lorsque les délais sont trop longs ou les risques trop élevés.

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Une technologie révolutionnaire mais angoissante

Le professeur Gaudard décrit le Carmat comme une révolution dans la stratégie d'assistance cardiaque artificielle, avec un mode de fonctionnement très différent de ce qui existait auparavant. Il qualifie l'expérience à la fois bluffante et effrayante. La vie humaine dépend entièrement de cette machine : si elle s'arrête, aucun recours n'est possible, et la vie s'arrête en quelques minutes. Les manœuvres habituelles de réanimation ne fonctionnent pas sur ce dispositif électronique, qui comporte des capteurs et peut s'user. L'évolution à long terme reste incertaine.

Le cas de Patrick Rey

Parmi les deux patients montpelliérains, seul l'un a pu être transplanté. Pour Patrick Rey, la transplantation n'est pas envisageable en raison de ses problèmes de santé. Il conserve donc son cœur artificiel depuis plusieurs mois, une situation qui n'était pas prévue initialement. Gaudard souligne que le Carmat a permis de sauver des vies, mais que l'avenir de ces patients dépend de la fiabilité à long terme du dispositif.

Vers une généralisation ?

La prolongation de l'étude clinique Eficas permettra de continuer à proposer l'implantation du Carmat à des patients sélectionnés. La société Carmat espère un remboursement de la prothèse en France d'ici 2026. En attendant, les équipes médicales restent prudentes et privilégient toujours la transplantation cardiaque lorsque cela est possible. Le professeur Gaudard conclut que l'implantation d'un Carmat est une opération lourde et complexe, mais qu'elle apporte un bénéfice indéniable pour des patients en situation d'urgence vitale.

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