Le réalisateur japonais Yuiga Danzuka signe avec Des fleurs pour Tokyo un premier long métrage d'une sensibilité rare, qui explore le deuil et la transmission à travers un périple à travers le Japon. Le film, présenté en avant-première à Paris, a déjà conquis la critique par sa poésie visuelle et son interprétation tout en retenue.
Un fils en quête de son père
L'histoire suit Kenji, un jeune homme qui vient de perdre son père, un artiste fleuriste renommé. Avant de mourir, celui-ci lui a laissé une lettre et une série d'indices le conduisant à travers le pays, de Tokyo à Kyoto, à la rencontre de personnes ayant connu son père. Chaque rencontre révèle une facette méconnue de l'homme, et permet à Kenji de reconstruire l'image d'un père qu'il croyait connaître.
Le film s'ouvre sur une scène de funérailles, où l'émotion est contenue, presque silencieuse. Danzuka filme les corps et les regards avec une pudeur qui évite tout pathos. La caméra s'attarde sur les détails : les mains du père qui préparent un bouquet, les gouttes de pluie sur une vitre, les pétales qui tombent. Cette attention aux choses simples donne au film une dimension sensorielle unique.
Un voyage initiatique et sensoriel
Le périple de Kenji est aussi un voyage dans le Japon traditionnel et moderne. On y croise des artisans, des moines, des fleuristes, des femmes âgées qui partagent leurs souvenirs. Chacun apporte une pièce du puzzle, et peu à peu, Kenji comprend que son père n'était pas seulement un artiste, mais un homme qui a aimé et souffert.
La photographie, signée par le chef opérateur Hiroshi Tanaka, magnifie les paysages : les cerisiers en fleurs, les montagnes brumeuses, les ruelles de Kyoto. La musique, composée par Ryuichi Sakamoto (dans son dernier travail pour le cinéma), ajoute une couche d'émotion supplémentaire, avec des notes de piano épurées qui accompagnent les silences.
Un premier film qui marque
Yuiga Danzuka, connu pour ses courts métrages primés dans des festivals internationaux, signe ici une œuvre personnelle, inspirée de la mort de son propre père. Dans une interview, il confie : "Je voulais parler de ce que l'on transmet sans le savoir, et de la manière dont les disparus continuent de nous guider. Le cinéma est pour moi un moyen de faire le deuil."
Le film a reçu un accueil enthousiaste au dernier festival de Busan, où il a remporté le prix du public. Il sortira en salles en France le 12 août, distribué par Art House Films. Avec un budget modeste de 2,5 millions d'euros, le film prouve que l'exigence artistique n'est pas incompatible avec le succès.
Un hommage à l'art floral
Au-delà du deuil, Des fleurs pour Tokyo est un hommage à l'ikebana, l'art floral japonais. Le réalisateur s'est entouré de véritables maîtres pour les scènes de création de bouquets, et la chorégraphie des gestes est d'une précision fascinante. Les fleurs deviennent un langage, un moyen de communication entre les personnages.
Le film interroge aussi la place de la tradition dans le Japon contemporain. Le père de Kenji était un traditionaliste, tandis que son fils travaille dans une entreprise de technologie. Leur relation conflictuelle est évoquée en flashbacks, et c'est à travers cet héritage que Kenji renoue avec ses racines.
Une critique unanime
Les critiques français ont salué "un premier film d'une maturité stupéfiante" (Cahiers du cinéma) et "une œuvre délicate qui touche au cœur" (Le Monde). Le public, lui, a réservé un accueil chaleureux lors des avant-premières. Le film devrait trouver son public, au-delà des amateurs de cinéma asiatique.
Avec Des fleurs pour Tokyo, Yuiga Danzuka s'impose comme une nouvelle voix du cinéma japonais, dans la lignée de Kore-eda ou de Miyazaki. Un film à ne pas manquer, qui laisse une empreinte durable.



